Troisième étape à Boulogne-sur-Mer
Parcours thématique autour de la Couleur
Ce parcours invite à découvrir à travers quinze chefs-d'œuvre, quatorze issus
des collections du Centre Pompidou et un prêté par le FRAC Nord-Pas de Calais,
comment les artistes du début du 20e siècle jusqu'à aujourd'hui ont exploré les
infinies possibilités de jeux de la couleur. Des accords de bleus de Picasso
aux rouges vibrants de Picabia, la couleur dévoile sa puissance émotionnelle et
son énergie. Elle est pour les artistes du 20e et 21e siècle un inépuisable
réservoir de sensations et de recherches. Depuis les couleurs primaires
envahissant l'espace du tableau jusqu'aux couleurs lumières qui se déploient
dans l'espace, en passant par les couleurs en mouvement : aujourd'hui, la
couleur s'invite dans toutes les formes de la création. C'est cette richesse –
un siècle d'inventions ! – que vous pouvez découvrir ici.
Informations pratiques :
Centre Pompidou mobile
Site de l’Eperon
Gare maritime
62 200 Boulogne
Entrée gratuite
Public individuel :
Week-ends et jours fériés : ouverture de 9h à 19h
Samedi et 14 juillet : visite famille (parents et enfants de 5 à 10 ans) à 10h
: sans réservation, 30 personnes maximum
Dimanche et 15 août : visite guidée animée par un comédien à 14h : sans
réservation, 30 personnes maximum
Du 19 juin au 5 juillet et du 4 au 16 septembre, du mardi au vendredi :
ouverture de 16 h 30 – 19 h.
Le mercredi : visite famille (parents et enfants de 5 à 10 ans) à 16h20 : sans
réservation, 30 personnes maximum
Du 6 juillet au 3 septembre, du mardi au vendredi : ouverture de 12h30 à 19h
Groupes :
Sur réservation
Des visites adaptées aux publics en situation de handicap seront également
proposées
Fermé le lundi
Dernière entrée une demi-heure avant l'heure de fermeture
Renseignements : 03 21 32 38 92
I / Couleurs primaires, noir et blanc
Rouge, jaune, bleu : telles sont les trois couleurs primaires, les couleurs à
partir desquelles, en peinture, il est possible de fabriquer toutes les autres.
Pablo Picasso, František Kupka et Henri Matisse jouent tout à la fois de la
puissance, de la présence de ces couleurs, mais aussi des multiples nuances,
tons ou variations qu’elles autorisent, tel le camaïeu ou la gamme.
Il s’agit pour eux d’exploiter le potentiel de la couleur, d’en révéler les
richesses, de jouer avec les possibilités qu’elle offre pour produire des
sensations ou bien des sentiments, pour nous confronter à sa force, à sa
capacité d’émotion. Ainsi Picasso se sert-il du bleu pour exprimer sa
tristesse. Jean Dubuffet, lui, joue avec le noir et le blanc. L’œil se
concentre avant tout sur les formes. Couleurs ? Non couleurs ? Le blanc est
obtenu par l’addition de toutes les couleurs. Ce qu’on nomme noir, au
contraire, c’est une surface qui ne reflète aucune lumière…
František Kupka, La Gamme jaune, 1907
Réalisé en 1907, ce tableau affirme la couleur en jouant sur différentes
nuances de jaune. Dans les yeux, pas de pupille, mais du bleu froid. L’homme
regarde à l’intérieur de lui-même. Sur ses genoux, un livre, on ne sait pas
lequel. Kupka exprime un état d’âme. Cet homme ressemble beaucoup à l’un des
plus grands poètes français du XIXe siècle admiré par Kupka : Charles
Baudelaire. Ce tableau est d’ailleurs proche d’un portrait photographique du
poète, réalisé par Nadar.
En nommant cette œuvre La Gamme jaune, le peintre – comme nombre d’artistes au
début du XXe siècle – s’inspire de la musique pour créer des sensations.
Né en 1871, Kupka meurt en 1957. Originaire de Bohême orientale, aujourd’hui
en République tchèque, Kupka intègre en 1889 l’Académie des beaux-arts de
Prague, puis celle de Vienne en 1892, et fréquente un atelier de peinture
religieuse dont l’influence sera décisive.
En 1906, à Paris, il rencontre Marcel Duchamp et son frère Raymond
Duchamp-Villon, deux artistes majeurs, découvre le cubisme et oriente ses
recherches à la croisée de la musique, des sciences et de la philosophie. Peu à
peu, ses tableaux s'éloignent de la représentation de la réalité.
À partir de 1911, il peint des bandes colorées sur fond monochrome. Pionnier de
l’abstraction au même titre que Kandinsky, Mondrian ou Malevitch, il ne sera
reconnu comme tel que dans les années 1950.
Henri Matisse, Nature morte au magnolia, 1941
Pour réaliser ce tableau, Henri Matisse a préalablement exécuté un nombre très
important de dessins préparatoires. Il s’est alors livré à un travail d’analyse
de chaque élément. Ici, de cette observation minutieuse, il ne reste que
l’essentiel : sans support pour les accueillir, sans repères, les objets se
trouvent dans un rouge à la fois dense et léger. Comment, alors, préserver
l’éclat de la fleur de magnolia ? En utilisant un blanc légèrement teinté de
bleu.
Si donc le peintre part du réel, il joue cependant avec les couleurs, il
cherche à montrer les figures autrement. Pour lui, en effet, la couleur ne doit
plus être seulement considérée comme un complément du dessin.
Né au Cateau Cambrésis en 1869, Henri Matisse meurt en 1954. De 1905 aux années
1950, il a pratiqué la peinture, la sculpture et le dessin. Toujours en quête
de concision, il a aussi exploré les potentialités expressives de la couleur.
Il décide de se consacrer à la peinture alors qu’il est âgé de 22 ans.
En 1905, il travaille à Collioure avec un autre peintre, André Derain. Les deux
hommes expérimentent la couleur pure. Quelques mois plus tard, au Salon
d’automne, leurs œuvres feront scandale : un critique les qualifiera même de «
fauves ». D’abord péjoratif, ce mot connaît un certain succès : il désigne des
toiles qui libèrent la couleur. De ce groupe, Matisse est considéré comme le
chef de file. En 1943-44, il invente une nouvelle technique, qui lui permet de
dessiner dans le papier qui a déjà été peint, dans la couleur elle-même : la
gouache découpée.
Pablo Picasso, Femme en bleu, 1944
Un bleu, mais un bleu avec des tons différents. La femme est dessinée avec des
lignes simples, tantôt courbes, tantôt géométriques. Le bleu, lui, vient
unifier l’ensemble.
Picasso alterne les points de vue. Face. Profil. À certains endroits, le visage
paraît un masque. C'est que le peintre est influencé par les arts africains et
océaniens découverts à Paris plusieurs décennies auparavant. Dans ces formes
nouvelles pour les Européens, il trouve alors de quoi renouveler son travail.
En peinture, le bleu est souvent lié à l’immatériel, à l’infini. Picasso, lui,
s’en sert pour exprimer des sentiments. Dans ce tableau peint en 1944, comme
dans ceux de la période bleue du début du siècle, la tristesse domine : celle
que provoque la Seconde Guerre mondiale.
Né en 1881, Pablo Picasso meurt en 1973. Figure la plus célèbre de l’art
moderne,
il fut un touche à tout de génie, un inventeur inlassable. Peintre et
sculpteur, il a aussi expérimenté le collage et l’assemblage. Originaire de
Malaga, il vivra la majeure partie de sa vie en France. De 1901 à 1904, ses
tableaux sont dominés par une tonalité bleue. C’est la fameuse période bleue.
Lui succède une période rose, plus légère, puis le cubisme. Les toiles de cette
période sont peintes dans des camaïeux de gris et de beige: l’œil ne doit pas
être attiré par la couleur, mais se concentrer sur la forme. Plus tard, dans
les années 1920, Picasso réintègre des couleurs vives, qui vont de pair avec
des formes anguleuses. Par la couleur, Picasso invente, innove, mais traduit
aussi ses états d’âme.
Jean Dubuffet, Papa gymnastique, 1972
Ici, le rythme est donné par la ligne noire dans son opposition au blanc. Dans
un souci de simplicité, Jean Dubuffet réduit les couleurs. L’œuvre fait partie
d’un ensemble constitué de 175 sculptures réalisées pour son spectacle nommé «
Coucou Bazar », montré à New York, puis à Paris, en 1973. Certains personnages
étaient déplacés par des comédiens cachés derrière. D'autres étaient mis en
mouvement par des machines. Il y avait aussi des danseurs masqués, costumés.
Ils se déplaçaient autour des statues, avec des gestes lents. Ce spectacle
était, selon l’artiste, «comme un tableau qui cesserait d’être une image à
regarder, mais qui prendrait réelle existence et nous accueillerait en son
dedans ».
Né en 1901, Jean Dubuffet meurt en 1985. Il commence à exposer dans les années
1940, se fait remarquer par une série de portraits drôles et grinçants des
peintres et des écrivains qu’il fréquente. Ce sont des toiles où la matière est
épaisse. Jean Dubuffet s’intéresse aussi beaucoup à l’art des enfants et des
aliénés qu’il contribue à faire reconnaître en les rassemblant sous le terme d’
« art brut ». En 1948, il fonde même la Compagnie de l'art brut, afin de
constituer une collection, aujourd’hui visible à Lausanne. À partir de 1962,
l'artiste entame le grand « cycle de l’Hourloupe », suivi d’autres ensembles où
la couleur est de plus en plus présente. À la fin de sa vie, ce seront les «
Sites », avec des cellules peuplées de personnages, puis les « Mires » au
graphisme plus nerveux, qui envahiront les cimaises des musées avec d’immenses
formats et toujours la même énergie débordante.
II/ Couleurs en jeu
La couleur est mobile, variable : elle change en fonction des autres couleurs,
celles qui l'entourent, mais aussi des mouvements de la lumière ou des
déplacements de celui qui regarde. La couleur nous est donc donnée comme
illusion : ce que l’œil voit n’est pas forcément ce qui est. Comment les
couleurs agissent-elles alors les unes par rapport aux autres ?
Comment parviennent-elles à créer des visions nouvelles, parfois même
l’impression de mouvement, comme si elles étaient vivantes ? C’est ce que
certains artistes ont cherché à expérimenter à travers leurs œuvres. Ainsi, par
l’utilisation des touches colorées, Georges Braque cherche à structurer son
tableau, mais aussi à rendre visibles les vibrations lumineuses.
Josef Albers, lui, crée l’illusion de profondeur par le jeu des couleurs. Quant
à Yaacov Agam, il fait de son tableau une surface multiple, toujours
changeante, devant laquelle il nous invite à bouger…
Georges Braque, L’Estaque, (LE port de la Ciotat), OCT.-NOV. 1906
En 1907, Georges Braque peint le port de la Ciotat. Pour saisir les couleurs,
les lumières mouvantes, vibrantes, il procède par touches. Les dominantes rose
et jaune se retrouvent en plusieurs points du tableau. Sur le sol. Dans les
rochers. Dans l’eau de la mer au deuxième plan. Sur les façades des maisons au
troisième plan. Ainsi, notre œil relie d’un seul coup le premier et le dernier
plan, sans même qu’on en prenne conscience.
Couleurs douces ou violentes ? Á Marseille, en automne, les lumières sont
douces. Pourtant, ici, les couleurs apparaissent aussi comme excessives. Plus
fortes que dans la nature. Georges Braque est influencé par les peintres fauves
qui, en 1905, avaient libéré la couleur, l’avaient rendue autonome. « C’était
une peinture très enthousiaste, dira-t-il plus tard, et elle convenait à mon
âge, j’avais vingt-trois ans ».
Né à Argenteuil en 1882, Georges Braque meurt à Paris en 1963. Peintre,
dessinateur et graveur, il aura aussi travaillé la sculpture. Il aura été un
acteur essentiel de l’art du début du XXe siècle. En 1908, il rencontre Pablo
Picasso, avec lequel il collabore dans les années qui suivent. Pour eux, la
couleur n’est alors plus l’essentiel : ce qui compte, c’est le jeu avec les
formes. Il s’agit aussi d’introduire du réel dans l’œuvre : chiffres, lettres
et papiers collés envahissent la toile.
Yaacov Agam, Double métamorphose, 1968-69
Pour Yaacov Agam, l’image ne doit pas être une mais plusieurs, elle peut être
transformée à chaque instant par le seul mouvement de celui qui regarde.
D'abord, par des formes triangulaires parallèles, l’artiste crée une structure.
Puis, par-dessus cette structure, il peint plusieurs thèmes. En se déplaçant
devant, on peut voir ces thèmes se séparer, se recomposer. Ainsi, Agam joue
avec les illusions optiques pour créer une image qui change en fonction de
notre position, mais aussi de notre mouvement.
Né en Israël en 1928, Agam s’installe en France en 1951. Ses œuvres sont
fondées sur trois principes : refus de la vision unique, figée, de l’œuvre ;
prise en compte du rapport à l’espace ; utilisation des techniques
industrielles modernes. En 1969, à la demande de Georges Pompidou, Agam aménage
l’antichambre de l’Elysée. C’est le Salon Agam, visible dans les collections du
Musée national d’art moderne. «Je travaille parfois avec deux cents couleurs
sur la palette, dit-il : c’est d’une difficulté incroyable car, si une seule
couleur saute, cela compromet l’ensemble ».
Josef Albers, Affectionate, Homage to the square, 1945
À partir des années 1950, et jusqu’à sa mort, en 1976, Josef Albers crée des
milliers d'« hommages au carré ». Tous sont peints sur de l’isorel, un matériau
dense, solide, qui se déforme peu. Au revers de chaque tableau, l’artiste écrit
la recette des couleurs et les techniques utilisées.
Dans un seul carré, plusieurs carrés. Les couleurs ne se touchent que le long
des contours extérieurs de chaque carré. Aucune couleur n’en recouvre une
autre. Nous avons la sensation que le rouge est derrière, dans une sorte de
profondeur. C’est que, par le jeu savant du rapport entre les couleurs,
l’artiste crée l’impression de perspective. « J’aime prendre une couleur très
pauvre, dit-il, et la rendre riche, belle en travaillant sur celles qui
l’entourent. Transformer le sable en or, voilà mon travail. »
Né en Allemagne en 1898, Josef Albers meurt en 1976 aux États-Unis. Étudiant au
Bauhaus au début des années 1920, il suit les cours d’un grand théoricien
moderne
de la couleur : Johannes Itten. Dans cette école, créée en 1919 dans une ville
allemande nommée Weimar, lui-même deviendra maître. C’est aussi un courant
artistique important, qui touche à la fois la peinture, le design, les
vêtements et l’architecture. On y pense, on y invente de nouvelles formes. En
1933, le Bauhaus est fermé par les nazis. L’artiste s’exile alors aux
États-Unis où il passe le restant de ses jours. Professeur d’exception, il a
toujours su lier son activité d’enseignant et son travail de peintre. En 1963,
après huit ans de travail avec ses étudiants, il publie un livre théorique
important : L’Interaction des couleurs.
III / La couleur seule
Expérience radicale inaugurée par le peintre russe Malevitch en 1918 avec son
Carré blanc sur fond blanc, le monochrome – tableau ne contenant qu’une seule
couleur - ne cesse, depuis, d'habiter l’histoire de la peinture. Sa naissance
se confond avec celui de l’abstraction. Les motivations sont multiples :
réduire le tableau à ses composantes essentielles pour inventer de nouvelles
formes, pour rechercher de nouvelles sensations... C’est qu’à partir du minimum
– une seule couleur – il est possible d’offrir des visions et des sensations
tout à la fois riches, profondes et variées.
Le dessin, les formes ont disparu ; la couleur devient souveraine. Pour Yves
Klein, il s’agit de s'immerger, de contempler, de se perdre, il s’agit aussi
d’explorer toutes les variations subtiles d'une seule et même couleur. En 1960,
il invente même un bleu, qu’il nomme IKB, « International Klein Blue ».
Yves Klein, Monochrome orange, 1955
Plus qu’au regard, c’est à la contemplation qu’appelle Yves Klein. C’est-à-dire
: à une manière de regarder tout à la fois lente et profonde. Pour lui, l’art
s’adresse en effet à l’esprit et cherche à atteindre la sensibilité. Se
confronter au tableau, c’est modifier, profondément, sa pensée. Afin d’être le
plus neutre possible, il peint au rouleau. Entre 1955 et 1962, date de sa mort,
il réalise ainsi presque deux cents monochromes. Les supports, les formats, les
textures et les couleurs varient. Ce tableau est l’un des premiers du genre
réalisés par Yves Klein. Un an plus tard, en 1956, il invente sa propre
couleur, un bleu profond qu’il baptise IKB. International Klein Blue.
Immatérielle plus que toute autre, cette couleur devient sa couleur de
prédilection.
Né en 1928 à Nice, Yves Klein décède en 1962 d’une crise cardiaque. Il peint
depuis son adolescence. Mais cette pratique est pour lui subordonnée à d’autres
activités comme le judo auquel il s’initie en 1947, alors que cette discipline
se veut une méthode d’éducation intellectuelle et morale visant à la maîtrise
de soi. En 1955, il présente ses premiers monochromes. Un an plus tard, il
entame son « époque bleue ». Ce choix de couleur est confirmé par un voyage à
Assise où il découvre les ciels du peintre Giotto (1267-1337), en qui il
reconnaît le véritable précurseur de la monochromie bleue qu’il pratique :
uniforme et spirituelle. Ce bleu n’est cependant pas l’unique objet de son
travail. À partir de 1960, il utilise l’or et le feu, peint parfois
publiquement, se sert de femmes nues comme pinceaux.
IV/ La couleur en liberté
Au tout début du 20e siècle, dans la peinture classique occidentale, le choix
de la couleur était encore presque toujours soumis au dessin et à la réalité.
La couleur devait entrer dans une structure établie, par le dessin, mais aussi
donner l’impression d’être vraisemblable.
Depuis, nombre d’artistes ont inventé pour la couleur d’autres fonctions,
d’autres possibilités. Ils l'ont libérée, en ont fait la source de jeux,
d’inventions, de perceptions nouvelles, l’ont explorée, comme on le dirait d’un
nouveau continent. Le sculpteur Alexander Calder peut ainsi évoquer des vols
d’oiseaux jaunes et rouges, tandis que Fernand Léger figure des corps aux
couleurs vives, uniformes, qui s’opposent les unes aux autres.
Alexander Calder, Deux vols d’oiseaux, 1954
Alexander Calder ne cherche pas à figurer, plutôt à évoquer. Les couleurs sont
simples. Les formes sont presque abstraites. L’artiste emprunte au végétal, à
l’animal, mais il simplifie. Ce qui compte, c’est le mouvement, la légèreté.
Ici, l’œuvre est simplement animée par le déplacement de l’air. Parfois, il
joue aussi avec des moteurs ou des manivelles. Ici, il ajuste le poids, les
forces de l’acier afin de trouver l’équilibre.
Une vingtaine d’années plus tôt, dans les années 1930, à Paris, il invente un
nouveau type d'œuvre. Sculpture ? Peinture ? Ou bien, comme on l’a souvent
suggéré, dessin dans l’espace ? Quoiqu’il en soit, l’artiste transforme la
sculpture traditionnelle jusqu’alors fondée sur le poids, la masse, le socle,
l’immobilité. Pour ces œuvres d’un nouveau type, il faut donc inventer un nom.
C'est un autre artiste, Marcel Duchamp, qui trouvera ce nom : « mobiles ».
Calder naît en 1898 en Pennsylvanie. Il meurt à New York en 1976. Après une
formation d'ingénieur qu’il saura plus tard mettre à profit dans son œuvre, il
décide, au début des années 1920, de se consacrer à l’art. Il fréquente une
école de peinture et de sculpture à New York, puis, en 1926, s’installe pour
quelques années à Paris. C’est là qu’il réalise ses premières sculptures
originales : des structures en fils de fer qui s’apparentent à des « dessins
dans l’espace ». Franchissant un pas de plus dans la remise en cause de la
sculpture classique, Calder réalise alors ses premiers mobiles qui,
perfectionnés au fur et à mesure des années, lui apportent très vite une grande
renommée. Parallèlement, il invente aussi les stabiles : de grandes tôles
peintes, ancrées au sol, et qui jouent avec le vide.
Fernand Léger, Les Grands Plongeurs noirs, 1944
Les corps chutent, plongent, dansent, nagent. Ils sont cernés de lignes noires.
Et les couleurs aussi sont en mouvement. Du moins, les oppositions colorées
favorisent cette impression. Pour Fernand Léger, ces contrastes traduisent la
vivacité du monde moderne. En octobre 1940, il quitte la France pour New York
où il peint ce tableau. Plusieurs visions sont venues le nourrir : celle de
jeunes nageurs dans le port, à Marseille, puis, plus tard, à New York, des
projecteurs balayant les rues, les visages dans la nuit. Enfin, une foule de
baigneurs nageant en tous sens dans une piscine. « À qui la tête, dit-il, à qui
les jambes, les bras, on ne savait plus, on ne distinguait plus. Alors j’ai
fait les membres dispersés dans mon tableau. »
Fernand Léger naît en 1881.
Il meurt en 1955. Doué pour
le dessin, il fréquente très jeune des écoles d’art parisiennes. Là, il
rencontre le milieu artistique En 1913, il réalise une série de toiles qu’il
nomme des « Contrastes de formes ». Ce sont des accumulations de cylindres,
de tubes et de parallélépipèdes formés de contours noirs et de bandes de
couleurs qui expriment un joyeux dynamisme. Pour lui, « la couleur est une
nécessité vitale. C’est une matière première indispensable à la vie, comme
l’eau et le feu ».
Par la peinture, donc, Léger voudrait rendre aux hommes un élément qui leur est
naturel mais qui leur manque souvent. À la fin de sa vie, il réalise des toiles
monumentales et contribue, par ses œuvres
et ses textes, à une réflexion sur le rôle de la couleur
dans l’architecture.
V/ Couleurs en mouvement
Par le jeu des couleurs entre elles, mais aussi par l’interaction entre forme
et couleur, il est possible de donner l’illusion du mouvement, de la vitesse ou
du rythme. C’est, pour nombre d'artistes du 20e siècle – justement fascinés par
le mouvement – une découverte qui ouvre à des expériences nourries entre autres
par la science, les technologies ou la danse. Sonia Delaunay réalise un tableau
où cercles, demi-cercles et contrastes colorés nous donnent avant tout la
sensation du rythme. Olafur Eliasson sollicite quant à lui le mouvement de
celle ou de celui qui regarde.
Sonia Delaunay, Rythme, 1938
Des disques, des morceaux de cercle, exclusivement. L’œil ne se fixe pas. D’une
forme à l’autre, d’une couleur à l’autre, il bouge, il se promène. À gauche,
des couleurs vives. À droite, des couleurs plus douces. Pour construire ce
tableau, Sonia Delaunay s’appuie sur des théories scientifiques. Mais pour
cette artiste, nourrie du folklore russe et des bals parisiens, la couleur est
aussi et surtout une passion : « La vraie peinture commencera quand on
comprendra que la couleur a une vie propre », dit-elle.
Née en Russie en 1895, Sonia Terk meurt en 1979. Elle s’installe à Paris en
1905. Là elle étudie, fréquente les expositions, les galeries, se voit
introduite dans les milieux d’avant-garde. En 1909, elle épouse le peintre
Robert Delaunay, avec lequel elle s’engage dans l’aventure de l'abstraction.
Toutes les facettes de sa création traduisent son fort intérêt pour la couleur
pure. Elle ne peint pas seulement des tableaux, mais aussi des vêtements, des
costumes de bal ou de spectacles, décore des espaces ou bien illustre La Prose
du transsibérien du poète Blaise Cendrars.
Olafur Eliasson, Your Concentric Welcome, 2004
Grâce à un moteur, Olafur Eliasson fait tourner un verre optique jaune, un
verre optique rouge magenta et un disque-miroir auxquels il associe une lampe.
Ce dispositif rappelle le cinéma : de la lumière projetée sur un écran. Mais
s’il y a cinéma ici, c’est un cinéma sans histoire, sans personnage.
Nous sommes dans une œuvre constituée de plusieurs éléments, dans un espace qui
lui est propre. L’œuvre change en fonction de nos déplacements. Désireux que le
public participe, l'artiste souhaite que nous nous posions des questions :
qu’est-ce que l’acte de voir ? Quels sont nos réflexes, nos habitudes ? Comment
regardons-nous ? Comment voyons-nous ? Avec les yeux ? Avec le corps ? Avec le
cerveau ?
Olafur Eliasson est né en 1967. Artiste danois basé à Berlin, il a grandi en
Islande, un pays qui l'a durablement marqué par sa richesse naturelle. Celle-ci
a constitué le sujet de son œuvre, commencée dans les années 1990.
Simultanément, il a développé un intérêt pour l’architecture et les
expérimentations scientifiques. Utilisant des matériaux simples mais des
technologies parfois élaborées, l’artiste modifie souvent la perception du lieu
où son œuvre est installée. Ainsi met-il en œuvre, en 2003, à la Tate Gallery à
Londres, une installation spectaculaire, The Weather Project : un soleil
lumineux et des brumes envahissent un espace de la galerie. « L’expérience de
la couleur – dit-il – est étroitement liée à l’expérience de la lumière et est,
en plus, une question de culture. (…) Les Inuits, par exemple, n’ont qu’un mot
pour le rouge, mais plusieurs pour le blanc. »
V/ La couleur et la vie
Niki de Saint Phalle, L’Aveugle dans la prairie, 1974
Il y a là deux sculptures distinctes, pourtant destinées à être montrées
ensemble, pour signifier deux mondes différents entre lesquels toute rencontre
est impossible. L’homme est gris, aveugle, absorbé dans la lecture du journal,
incapable de voir les motifs colorés dont la paisible vache est emplie, fleurs,
taches, rayures. Homme moderne, trop moderne, pressé, inattentif à la beauté
qui l’entoure, quand bien même cette beauté se déploie de façon monumentale,
quand bien même on ne peut pas la manquer. Un hommage à la couleur, donc. Un
appel à ouvrir les yeux sur le monde, aussi, à lever la tête du quotidien pour
contempler un autre quotidien : celui de la nature. Tout à la fois comique et
monstrueux, ce travail nous propose d’être attentif à ce qui nous entoure.
Née en 1930, décédée en 2002, Niki de Saint Phalle a réalisé des tableaux, des
sculptures, des ensembles et des films. En 1961, elle se fait connaître en
organisant des séances de tir à la carabine sur des tableaux dans lesquels
sont insérées des poches de couleurs. Les tirs font éclater les poches, et
libèrent la couleur qui dégouline sur la toile. Les tableaux qui en résultent
expriment la violence contenue de la jeune femme – qui s’approprie un acte
plus souvent vu comme masculin. Mais ce sont surtout ses « nanas » qui l’ont
rendue célèbre : des femmes aux formes généreuses, recouvertes de couleurs
vives. C’est dans ce style que Niki de Saint Phalle réalise, notamment,
en 1983 les sculptures de la fontaine Stravinsky qui se trouve à Paris, juste
derrière le Centre Pompidou.
Bruce Nauman, Art Make Up, 1967-68
Au cinéma, avant de tourner, on se maquille. Mais avec ce film dans lequel il
joue lui-même, l'artiste américain Bruce Nauman renverse les choses : c’est
désormais le maquillage qui est le sujet du film. Ici, on le voit modifier la
couleur de son visage.
Il applique successivement quatre couleurs sur sa peau : du blanc, puis du
rouge (ce qui donne du rose), puis du vert (ce qui donne du gris), enfin du
noir, un noir très profond. « Être artiste, dit Bruce Nauman, c’est aussi se
présenter, présenter un “moi” à travers son travail. Si vous ne voulez pas que
le public voit ce moi, vous vous maquillez. »
Né aux États-Unis en 1941, Bruce Nauman travaille depuis les années 1960. Dans
son œuvre, il fait appel à des formes différentes, utilise aussi souvent le
langage. Celui qui regarde est amené à expérimenter l’espace, le temps, la
violence et aussi parfois – comme ici – l’œuvre en train de se faire. La vie,
la mort, l’amour, la haine, le plaisir, la douleur : ces mots apparaissent dans
une œuvre lumineuse de l’artiste. « Fondamentalement, dit-il, mon œuvre est
issue de la colère que provoque en moi la condition humaine. Ce qui me met en
fureur, c’est notre capacité de cruauté, la faculté qu’ont les gens d’ignorer
les situations qui leur déplaisent. Ce qui me fascine aussi, c'est de voir
comment la colère ordinaire, et même la haine que l’on peut ressentir pour
quelqu'un, se transforme en haine culturelle. »
Le Centre Pompidou mobile : une médiation originale.
La démarche de médiation du Centre Pompidou mobile, conçue par les équipes du
Centre Pompidou, offre à chaque public un accompagnement adapté. Il s’agit
d’une démarche réfléchie spécifiquement pour des personnes peu ou pas
familières de l’art moderne et contemporain, afin qu’une visite réussie dans ce
Musée nomade leur donne envie de vivre plus souvent l’expérience unique du
rapport à l’œuvre originale.
Les groupes, et notamment les groupes scolaires, se verront réserver la
majorité des créneaux de visite en semaine, avec deux propositions spécifiques.
Pour les enfants de 4 à 10 ans, un parcours ludique et sensoriel
Le parcours s’appuie sur des outils pédagogiques spécifiquement conçus autour
de la thématique de la couleur, pour une sensibilisation à l’art avec comme
parti pris de « FAIRE POUR MIEUX VOIR », ou en d’autres termes « expérimenter
pour regarder autrement les œuvres.».
Trois parcours sont proposés, Bleu, Rouge, Jaune : chaque parcours s’organise
autour de sept œuvres, réparties dans chaque espace d’exposition, afin de
permettre la visite de deux groupes en même temps.
Bleu, Rouge, Jaune, trois caddies colorés, aux multiples poches origami,
livrent leurs surprises tout au long de la visite. Devant chaque œuvre du
parcours, le médiateur, tel un prestidigitateur, sort un outil, élément
déclencheur pour stimuler le regard et favoriser la participation de chacun :
lunettes de couleur pour voir la vie en bleu, jaune, rouge, nuanciers de
couleurs, toupie optique, ardoises graphiques, étiquettes de mots pour élargir
son vocabulaire sensoriel, cartes à colorier …
Chaque œuvre et chaque outil permettent d’aborder des notions liées au thème de
la couleur : la palette, la matière, la touche, l’illusion optique, les
contrastes simultanés, la composition…
Le dialogue avec l’animateur accompagne cet apprentissage du vocabulaire de
l’art.
La démarche pédagogique sollicite plusieurs sens : la vue, le toucher, l’ouïe,
avec des approches individuelles et collectives. Offrir aux enfants de
multiples entrées, proposer des pistes tout en laissant ouvert l’imaginaire :
Regarder (la palette de bleus du tableau de Pablo Picasso avec un nuancier),
observer (de près la touche et la matière des jaunes de l’œuvre de Frantisek
Kupka avec des détails agrandis), manipuler (des carrés de couleur devant
l’œuvre de Josef Albers), bouger (devant l’œuvre de Yaacov Agam), écouter (des
environnements sonores devant l’œuvre d’Yves Klein)… inventer des jeux
d’associations ( bleu infini, rouge colère, jaune sucré…), changer de point de
vue (devant l’œuvre de Niki de Saint Phalle) …autant d’actions pour rythmer la
visite, renouveler l’attention des enfants et susciter plaisir et
émerveillement devant chaque œuvre.
Pour les collégiens, les lycéens, et les adultes peu familiers des Musées, un
voyage scénarisé dans la couleur
Une double volonté anime cette proposition: produire une médiation simple,
essentiellement constituée – via le détour de l’écoute - de stratégies pour
amener le visiteur à regarder. Ce parcours sensible fait la part belle au son et à la musique. Il se fonde sur un personnage de fiction, un médiateur à la voix défaillante, manquante
parfois. S’adresser aux sens, c’est sortir du cadre scolaire, pour entrer de plain-pied
dans l’univers artistique. Sa conception a été confiée à un metteur en scène,
Emilie Rousset, et à un designer sonore, Romain Vuillet, sur la base d’un texte
élaboré par le responsable de la médiation du Centre Pompidou.
Ceux qui souhaitent plus de contenu ne sont pas oubliés : un dépliant sera
donné à chacun en fin de visite. Le dossier pédagogique pourra être consulté en
ligne. Les enseignants sont invités à se servir de ces documents pour préparer
en amont ou compléter en aval la visite. Celle-ci doit alors privilégier un
regard approfondi sur les œuvres.
Le son, la musique.
L’utilisation de la musique et du son représente un triple intérêt : sa force
d’immersion (le son concentre, aide à regarder), sa séduction naturelle et la
possibilité qu’il offre de faire entendre, de montrer les correspondances entre
les arts.
Un personnage de fiction.
Ce personnage est un médiateur qui ne l’est plus tout à fait, handicapé qu’il
est parfois par ses problèmes de voix. Ce handicap le rend sans doute
sympathique. Communément vêtu, il fait avant tout œuvre d’hospitalité. Le
comédien qui l’incarne joue à peine. Ludique, le ton qu’il adopte permet de
démystifier les œuvres, de se les approprier plus facilement, plus sereinement
Un dispositif de regard.
Le parcours aborde l’ensemble des œuvres présentées, mais à chacune ou presque,
un nouveau regard, une nouvelle histoire. Ainsi, le changement permet à la fois
de répondre à variété des œuvres, mais aussi de surprendre.
Cette visite scénarisée sera proposée aux collégiens, aux lycéens, aux publics
associatifs, notamment du champ social, et également, à heures fixes les fins
de semaine, aux publics adultes et en famille.
Pour les publics individuels, une gamme complète d’aides à la visite
Ceux qui ne voudront ou ne pourront suivre les visites scénarisées, auront le
choix entre plusieurs modalités d’accompagnement :
- Un audio guide gratuit, avec deux niveaux de parcours, l’un adapté aux
adultes, l’autre aux enfants. Cet audio guide sera proposé en français et en
anglais à Chaumont et Cambrai, ainsi qu’en flamand à Boulogne.
- Un document d’accompagnement, commentant chaque œuvre et présentant chaque
artiste, dans un langage volontairement accessible
- Des textes dans les modules d’exposition, explicitant les grands chapitres
de l’exposition.
Pour les publics handicapés, une offre spécifique de visites :
Ces visites, en langue des signes pour les visiteurs sourds, en lecture labiale
pour les personnes malentendantes, et en audio description pour les visiteurs
aveugles et malvoyants, seront proposées sur demande aux groupes constituées,
et le cas échéant une fois par mois le samedi à heure fixe pour les publics
individuels. Elles seront assurées selon les cas par des conférenciers
spécialisées du Centre Pompidou ou de la région d’accueil.
L’ensemble de ces offres de médiation, conçues par le Centre Pompidou, sont
proposées gratuitement au public, en étroite collaboration avec les
collectivités d’accueil : les comédiens et animateurs des parcours sont
notamment recrutés localement et formés par les équipes du Centre Pompidou. Un
travail spécifique de développement de publics est également pris en charge par
les collectivités, via la mobilisation à la fois des relais éducatifs et des
associations, notamment celles travaillant avec les publics les plus éloignés
de la culture.