Les architectes du Centre y voient avant tout « non
pas un monument, mais une fête, un grand jouet urbain ». Né
en 1937 et fortement influencé par Louis Kahn et Jean Prouvé,
l’Italien Renzo Piano, à la tête du Building Workshop
qui porte son nom, est le lauréat du Prix Pritzker 1998 et l’architecte,
après Beaubourg, de la Menil Collection (Houston), de l’aéroport
de Kansai (Osaka) ou encore de la nouvelle Potsdamer Platz (Berlin). À
l’Anglais Richard Rogers, autre pionnier de la nouvelle architecture
industrielle, né en 1933 et éduqué à Yale
(où il rencontre Norman Foster, avec qui il s’associera au
sein de Team 4), on doit notamment le Millennium Dome (Londres) et le
siège de la Cour européenne des droits de l’homme
(Strasbourg). Crédits photos : Gordon Matta-Clark, Renzo Piano
et Richard Rogers
1977 par François
Cusset
Une vraie polémique est toujours à double fond. Le débat
qui fait rage à l’ouverture du Centre ne porte pas seulement
sur l’irruption de son architecture tubulaire et colorée
dans le ventre de Paris, au bord de ce qui est encore le « trou
des Halles ». Il oppose, plus sourdement, les partisans d’un
musée-enclave respectueux des cloisons fondatrices – entre
l’art et ses dérives, la Nation et le marché, le dedans
et le dehors – et les défenseurs d’un musée-courant
d’air ouvert à tous les vents, débarrassé de
ses vieilles polarités, revêche aux séparations convenues
entre artiste et public, exposition et oeuvre, ville et musée,
ou entre créations artistique et industrielle. Au hasard des événements
qui jalonnent cette année inaugurale, entre scène primitive
et rite désacralisant, lesdites frontières cèdent
l’une après l’autre : décrets ironiques de Marcel
Duchamp, tableaux « sans objet » de Gerhard Richter, déclinaison
de la ville en tous ses usages, travail sur la marque ou les ruses marchandes,
et toujours les arrière-boutiques de Gutemberg, qu’il s’agisse
des techniques de reliure ou d’adapter Molière en bande dessinée
– comme si l’axe d’une boîte de Pandore aussi
désaxée pût n’être en fin de compte que
bibliologique. Fusent surtout, élan premier du Centre, les regards
croisés d’une triade liminaire, qui apprend à penser
l’art comme passe-murailles, imprégnation réciproque
: l’exposition « Paris – New York » en 1977, puisque
c’est de l’une à l’autre que bascula après-guerre
le centre de gravité de la création mondiale, puis «
Paris–Berlin » en 1978 et « Paris–Moscou »
en 1979. Mais au détour du scandaleux bâtiment, on peut croiser
aussi en 1977, quelque part entre exil et babel, Roberto Rossellini filmant
dans les couloirs, William Burroughs décryptant la psychose des
pouvoirs, Octavio Paz et Jorge Luis Borges déroulant d’ultimes
prophéties ou encore Andy Warhol traînant d’une salle
à l’autre son pas mélancolique. L’année
où les dissidents tchèques signent la « charte 77
», où filtre du Cambodge cadenassé par Pol Pot la
révélation des premiers massacres khmers rouges, où
gronde le second choc pétrolier et où la bande à
Baader se suicide collectivement à la prison de Stuttgart, le Centre
Pompidou se fixe pour ambition de « rendre caduc un certain provincialisme
qui risquait de marginaliser notre pays », ainsi que le formulera
son troisième président, Jean Maheu. Tous les
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