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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
SAN CLEMENTE
Raymond DEPARDON
présenté par Jean-François Chevrier
24 janvier 07 à 19h30, Petite salle

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Né en 1942, le photographe et réalisateur Raymond Depardon, qui co-fondait l’agence Gamma avec Gilles Caron, n’a cessé d’ébranler les certitudes du « document » (et du documentaire), et d’en réinventer la grammaire visuelle. De la campagne de Giscard d’Estaing en 1974 à « 10 minutes de silence pour John Lennon », des guerres du Tchad à La Captive du désert (avec Sandrine Bonnaire) et des batailles du Vietnam à celles d’Algérie, il a imposé la « photo de contact » – qui laisse leur place
à la subjectivité du regard comme à la sidération de l’instant – contre les propagandes du Spectacle. Et montré ce que l’image a pour fonction précise, désormais, d’abolir : les temps morts, le temps lui-même en ses infimes nécroses, comme il l’a fait à l’asile, aux urgences, à la ferme ou dans une salle d’audience. Crédits photos : Raymond Depardon et Magnum photos

1979 par François Cusset
Attention à l’oeil. À son emprise, son vertige, ses mots d’ordre. Au monopole que lui assurent déjà les nouveaux écrans et la démocratie culturelle. Pour sa structure diaphane et sa passion des arts visuels, Michel de Certeau attribuait au Centre les vices et les vertus d’un certain impérialisme de l’oeil : il y voyait un « lieu panoptique » voué à « contribuer à l’expansion conquérante de l’oeil », un véritable « sabbat encyclopédique du voir » oscillant entre la « pratique du visible » et les dogmes du tout-voir. Clivage d’origine qui fait du Centre une institution délibérément schizoïde, regard et objet, juge et partie, oeil du dedans oeil du dehors. Car il travaille dès cette époque à tromper la rétine, à esquiver son propre double panoptique : en optant de préférence pour le regard torve, en l’occurrence celui de Salvador Dalí venu inaugurer avec canne et col de panthère l’exposition qui lui est consacrée; en distillant les ambivalences du visible qu’on croyait le plus pur, Soulages et Matisse exposés cette année-là comme une toute première fois ; en montrant l’oeil dansant/dansé des chorégraphies de Merce Cunningham ou des ballets miniatures de Léningrad, et de l’autre côté l’oeil-rayon de la science et de l’industrie – Einstein ou le « Temps des gares » faisant alors du Centre ce « jardin des sciences » que vient y célébrer en connaisseur Michel Serres. L’oeil ainsi roule, vrille, enrobe, glisse ou s’égare, comme celui d’un « dragon furieux mais approchable, un peu tapageur », ainsi que Bill T. Jones décrira le Centre Pompidou. Désapprendre à voir, s’essayer aux visions, ou tenter d’entendre au moins quelque visionnaire – parmi les quelques exercices pratiques que s’impose le Centre en sa troisième année. Laquelle n’est pas, pourtant, la plus réjouissante. Car pendant qu’y est exposée l’oeuvre de René Magritte, l’homme des « souvenirs de vacances de Hegel », et qu’y passe en coup de vent Allen Ginsberg, chantant son Kaddish sous amphétamines, le mauvais oeil éclipse le soleil des beaux jours, sarabande infernale pour fin de décennie : assassinat de Pierre Goldman, fin de cavale pour Jacques Mesrine, suicides en rafales, de Jean Seberg à Nikos Poulantzas, sur fond de révolution iranienne, de bateaux pour le Vietnam et de la ferraille exaltée du premier Paris-Dakar. Le monde « redevenu infini » dont parlait Nietzsche ouvre bel et bien sur « une infinité d’interprétations » – que l’oeil, borgne interprète, ne saurait épuiser. Tous les textes de François Cusset -->

 


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