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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
SHOAH
Claude LanZMANN - shoah
16-17-18 juin 07 à 19h30, Cinéma 1

77 79 84 97 82 78
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« Pour la première fois, nous vivons [l’affreuse expérience] dans notre tête, notre cœur, notre chair. Elle devient la nôtre », écrivait Simone de Beauvoir lors de la sortie du film Shoah en 1985. Œuvre singulière, Shoah emmène le monde des vivants à la rencontre d’êtres qui vivent dans la mort. Rescapés, bourreaux, témoins actifs ou pas, tous sont marqués par ce qui reste une énigme. Pourquoi des hommes ont-ils décrété qu’une catégorie d’êtres humains devait disparaître de la surface de la terre ? « Il y a des moments où comprendre, c’est la folie même », répond le réalisateur qui préfère dire et faire dire les faits : les moyens de transport des déportés, la topographie des camps, la disposition des corps, l’organisation du temps.

Entre 1976 et 1981, en dix campagnes de tournage, Claude Lanzmann tourne trois cent cinquante heures de film, relevant les traces de l’infamie et leur refoulement dans la mémoire, écoutant les victimes, questionnant les lieux, les criminels et témoins. Cette œuvre inouïe, ce « monstre » comme a pu l’appeler le réalisateur est aussi un monument cinématographique dont nous n’avons pas encore mesuré la grandeur, et pour lequel doivent s’inventer de nouvelles formes de regard et d’écoute.

Photos :
Shoah, 1985 © Claude Lanzmann
Portrait de Claude Lanzmann : © Claude Lanzmann / Marc S. Hadas

À l’occasion de cette rencontre, projection des films Shoah et Sobibor, 14 Octobre 1943, 16 Heures
Séance organisée en collaboration avec le service des Cinémas.

Samedi 16 juin : Shoah - 1ere époque
14h30 – 17h (1ère partie)
17h30 – 19h30 (2e partie)

Dimanche 17 juin : Shoah - 2e époque
14h30 – 17h (1ère partie)
17h30 – 20h (2e partie)

Sobibor : lundi 18 juin, 17h– 18h35

1985 par François Cusset
Hervé Guibert a beau venir décrire le Centre en « mélangeur-propulseur à pôles innombrables », Philippe Sollers y parler de cinéma, Gae Aulenti y réaménager les espaces du Musée, Tadeusz Kantor y empêcher de se cultiver en rond grâce à la reprise de son happening pionnier Qu’ils crèvent les artistes, les frères Balthus et Pierre Klossowski y enrichir les collections — la proposition la plus radicale de l’année au Centre Pompidou est toute autre, qui servira longtemps d’étalon aux rapports entre travail théorique et geste curatorial : l’exposition du Centre de création industrielle « Les Immatériaux », du 28 mars au 15 juillet, sous la direction intellectuelle du philosophe Jean-François Lyotard. Là où l’on proposait à l’auteur du Différend de s’exprimer sur « Matériaux nouveaux et création », il préféra en réagencer les termes et suivre plutôt les enchaînements et déchaînements des mots « matériau, matière, matrice, matériel, matérialité »: dix ans après Économie libidinale et dix ans avant l’art numérique, Lyotard réinterroge le matérialisme philosophique à l’aune des nouvelles technologies et d’un art encore indéfini, réticulaire et dématérialisé, d’écrans Minitel en premières vidéos d’artistes, des propositions de Jean-Jacques Beineix à celles du groupe Illegal Command, et jusqu’au dispositif de bandes magnétiques du compositeur Rolf Gehlharr qui transforme les déambulations du visiteur en concert live. L’expérience consiste avant tout, en exposant ainsi des concepts, à offrir au public du Centre un matériau sensible inédit, où « le modèle du langage supplante celui de la matière », et dont le principe « n’est plus une substance stable mais un ensemble d’interactions », explique alors Lyotard. À partir de là, les échos possibles sont multiples entre ces « Immatériaux » et les moments forts de la programmation 1985, Armand Gatti, Paul Klee, « La mode en direct » ou les harmoniques distendues de Stockhausen. Et on peut aussi essayer d’y puiser les outils d’un déchiffrage de l’étrange actualité de l’année, qui voit le lancement en musique du badge « Touche pas à mon pote » et toujours la montée de Le Pen et du racisme ordinaire, le « Plan Informatique pour tous » mais aussi l’arrivée d’un jeunot à la tête du Parti communiste soviétique, Mikhail Gorbatchev. Dans les réseaux de signification qui grouillent à la frontière du matériel et de l’immatériel, sur cette « bande libidinale » chère au Lyotard des années 1970, on pourrait en effet prendre et détourner la logique hystérique, instantanée de l’information — désormais continue. On pourrait, mais on a déjà fort à faire avec ces Immatériaux. Tous les textes de François Cusset -->


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