Né à Dantzig (Gdansk) en 1927, Günter Grass est une figure de proue de la génération littéraire allemande de l’après-guerre, notamment parmi les écrivains contestataires de Gruppe 47, avant de connaître un succès mondial avec Le Tambour (1959), adapté au cinéma par Volker Schlöndorff. Son œuvre littéraire, empreinte d’une gaieté sombre et d’un scepticisme apatride, fouille l’Histoire par le bas, celle des ordinaires perdus au fond du 20e siècle, dans le chaudron nazi ou les années de la reconstruction. Des Années de chien (1965) à La Ratte (1987) et En crabe (2002), et de la fiction à l’intervention critique, son esprit libre et sa plume acerbe n’ont cessé de susciter la polémique — qu’il s’élève contre la réunification comme « annexion de la RDA » dans Toute une histoire (1995), contre le SPD au nom de la défense du droit d’asile, ou contre le regain de patriotisme américain post-11 septembre « pour 3000 Blancs tués ». Le Prix Nobel de littérature lui a été décerné en 1999. F. C.
Rencontre présentée par Jacques-Pierre Gougeon et Marianne Alphant et organisée avec le concours des éditions du Seuil à l'occasion de la sortie en France de l'ouvrage autobiographique de Günter Grass, Pelures d'oignon paru en Allemagne sous le titre Beim Häuten der Zwiebel.
En partenariat avec le Goethe-Institut.
1989 par François Cusset
Une drôle de question, un peu vertigineuse, surdétermine l'an de grâce 1989 : qu'est-ce qui distingue une révolution d'une contre-révolution ? Car l'effet de brouillage, cette année-là, est à son comble. Le mouvement de masse pacifique qui met fin au communisme est-européen, de l'ouverture des frontières hongroises (mars) aux premières brèches du Mur de Berlin (novembre), doit-il être pensé comme révolution ou contre-révolution ? De même, le courage des étudiants pékinois face aux chars du mois de juin, auquel le Centre rend un hommage immédiat (« Tian an Men, 4 juin-4 décembre: ne m'oublie pas »), est-il révolutionnaire, comme l'avancent ceux qui font de ces journées un nouveau Mai 68, ou contre-révolutionnaire ainsi que s'en justifient les dirigeants chinois ? Et de quel côté situer la célébration consensuelle du bicentenaire de 1789, sous le double sceau d'une fin des luttes sociales (« la révolution française est terminée », annonçait l'historien François Furet dès 1978) et d'un devenir-publicitaire de toute référence historique (avec le défilé du 14 juillet conçu par le « créatif » Jean-Paul Goude) ? Enfin, l'année de la fatwa de l'Imam Khomeiny contre l'écrivain Salman Rushdie puis du premier refus d'un proviseur de laisser entrer des collégiennes voilées (première affaire du voile, à Creil), la République va-t-elle changer d'ennemi intime, et plutôt que celui que lui avaient désigné jadis Saint-Just et Babeuf (les aristos, la réaction, la tradition, les monarchies voisines), introniser dans ce rôle l'Islam mondial et ses mosquées ? Troublante ambigüité, soudain, de signifiants politiques qui fonctionnaient tant bien que mal depuis deux cents ans. À moins d'en revenir aux sens physique et astronomique de la révolution, comme avec les « Magiciens de la Terre », ou de s'essayer aux révolutions moléculaires et à leur étonnante micropolitique : celles du bibelot et du gadget (« Culture de l'objet, objet de culture »), celles de l'anagramme et du bricolage littéraire (autour de Raymond Queneau et de l'Oulipo), celles de la lutte quotidienne et de la dissidence existentielle (qu'incarna quinze ans durant l'Internationale Situationniste, commémorée au Centre en 1989) ou encore celles de la langue dominée/dominante comme terreau fragile des droits de l'homme - le bicentenaire de la Déclaration des droits de l'homme étant l'occasion, au Centre, de confronter « le français et l'anglais [comme] langues de la liberté ». La révolution n'est plus ce qu'elle était. Mais elle n'en a pas moins - quoiqu'en disent les catastrophistes et les conservateurs - de beaux jours devant elle. Tous les textes de François Cusset -->
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