Professeure honoraire au Collège de France, spécialiste des sociétés africaines et amérindiennes, Françoise Héritier y a dirigé le laboratoire d’anthropologie sociale après son mentor Claude Lévi-Strauss. Ethnographe et anthropologue de renommée internationale, elle a poursuivi son exploration des structures élémentaires de la parenté du côté d’une réflexion sur l’exercice de la parenté, d’une anthropologie du corps et de la violence, d’une socio-analyse de l’inceste et d’une théorie critique de la domination masculine. Parmi ses nombreux ouvrages, Les Deux Sœurs et leur mère , anthropologie de l’inceste (1994) et Masculin/Féminin, la pensée de la différence (2002) ont rencontré le plus grand succès public et critique.
Rencontre présentée par Marianne Alphant
1996 par François Cusset
L'affaire est entendue : si l'artiste n'est qu'un des éléments du dispositif qui produit son monde, auquel contribuent aussi ses contemporains et tous les bruits d'époque, alors sa disparition physique, loin d'effacer une origine, ne peut au contraire que libérer l'ouvre des ornières de la biographie, du psychologisme en vogue et des mythes persistants du sujet-créateur ou du génie individuel. L'artiste est mort, vive ce qu'il devient ! Ainsi, que Bernard-Marie Koltès se soit éteint précocement en 1989 ne retire rien à la puissance de trouble et de dénuement de sa pièce de 1985, Dans la solitude des champs de coton, créée en 1996 par Patrice Chéreau à la Manufacture des Oillets. Qu'Albert Camus se trouve soudain enrôlé, de biographie en plateau-télé, dans le rôle d'antidote absolue au marxisme d'après-guerre ne retire rien au caractère inclassable de ses écrits, aussi sévères contre les dérives staliniennes qu'avec les illusions libérales. Qu'André Malraux ait droit en 1996 à une consécration très officielle, avec son transfert au Panthéon, ne fait pas pour autant de ses envolées sur l'art ou la contestation les bréviaires les plus conformes à l'ordre politique français. Et que Marguerite Duras meure en ce début d'année, emportant avec elle ses sorties provocantes et sa passion du présent, ne retire rien à la violente justesse d'une ouvre qui continue de dissoudre toutes les normes littéraires. On pourrait appliquer aussi cette logique au cas d'un vieil ami de "MD", au génie plus proche de l'ars politicum : François Mitterrand, dont la mort et l'enterrement consensuel dans les premiers froids de 1996 n'en jetteront pas moins - bien au contraire - le Parti socialiste et toute la gauche française dans une crise de filiation et d'identité dont elle n'est pas sortie douze ans plus tard. Et on pourrait étendre cette même logique, surtout, aux grands noms célébrés par le Centre en 1996 : Francis Bacon, disparu en 1992, dont survivent les défigurations majeures et la "logique de la sensation" (G. Deleuze) ; Francis Picabia, mort en 1953, qui continue de surprendre les exégètes du surréalisme et les amoureux du modernisme ; les designers Ray et Charles Eames, qui laissent une empreinte indélébile dans l'histoire de l'architecture et du mobilier modernes ; ou Marinetti, dont le futurisme conjugué au passé demeure à contretemps, et Charlotte Perriand, pionnière des grandes architectes au féminin. Si on comptait les morts, le Centre comme toute la vie culturelle française relèverait d'une vaste entreprise nécrologique; si on laisse compter seulement ce qu'il en reste, de suppléments en devenirs, rien n'est plus vivant que ce cimetière en fête. Tous les textes de François Cusset -->
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