Né en 1956, Olivier Cadiot travaille la littérature
comme un « art technique complet », déplaçant
les registres pour expérimenter à chaque livre un régime
de vérité singulier : il emprunte à la poésie
sa rigueur, l’épurant de son pathos, au roman ses machineries,
l’amputant de sa lenteur, au cinéma ses cascades, moquant
ses conventions, et à la philosophie ses outils, soudain opératoires.
Il confronte aussi la littérature aux discours standardisés
et aux voix syncopées qui saturent notre expérience quotidienne,
et qu’il laisse envahir son texte comme si le dernier poète
conséquent dût être atteint du syndrome de Stockholm.
Et il aborde, toujours, la littérature en tant qu’élaboration
collective – qu’il compose un livret d’opéra,
travaille à l’adaptation de ses textes pour la scène,
collabore avec des musiciens, participe au chantier de la traduction littéraire
de la Bible ou, associé à Pierre Alféri, ouvre en
1995 avec la « Revue de littérature générale
» le dernier grand atelier littéraire du siècle. Son
oeuvre est publiée aux éditions P.O.L.
Olivier Cadiot lira des extraits de Un nid pour quoi
faire après la projection du film L’Atelier d’Écriture
numéro 2 ou L’Atelier d’Écriture suite
de Pascale Bouhénic : quelques années après le premier
Atelier d'écriture d'Olivier Cadiot (1994), ce film est
une nouvelle visite à l'écrivain. Un remake donc, si on
peut appeler remake, une histoire qui dans sa répétition,
offrirait une autre profondeur de champ, une suite. Crédits photos
: Droits réservés
1997 par François
Cusset
L’indignation morale porte toujours en elle le risque d’un
retrait de la politique, d’un abandon des luttes et des tactiques
au profit des diatribes et des prescriptions. Ou d’un glissement
des questions sociales vers le terrain plus glissant, et plus réjouissant,
des « moeurs ». Cette année 1997, alors que le Centre
célèbre Fernand Léger « sens dessus dessous
» avant de fermer pour deux ans de travaux, en est une parfaite
illustration. Car 1997, c’est l’hommage unanime à Mere
Teresa, la victoire du New Labour de Tony Blair en gauche enfin «
vertueuse », l’ouverture du procès de Maurice Papon
et de quelques placards à fantômes (le Centre, lui, explore
les « revues sous l’Occupation »), la hargne de deux
scientifiques scandalisés que les plus grands penseurs critiques
français aient fait un usage « illégitime »
de la physique et des mathématiques (c’est « l’affaire
Sokal », autour de la parution d’Impostures intellectuelles)
et bien sûr, autrement omniprésente, la réduction
de la vie politique américaine, et bientôt mondiale, à
une histoire distrayante de bureau « oral » (celui de la Maison-Blanche),
de cigare lubrique et de taches de sperme sur la robe d’une stagiaire
– Monica Lewinski offrant finalement au président Bill Clinton
la possibilité de se réinventer en rédempteur des
péchés de ses compatriotes. Aussi la suite des sept expositions
successives imaginées par Didier Ottinger sur le thème des
« péchés capitaux » tombe-t-elle à pic
: qu’il s’agisse de la Gourmandise, de l’Avarice, de
la Luxure ou de l’Orgueil, que les illustrent des oeuvres d’Arman
ou de Robert Combas, de Donald Judd ou de Rebecca Horn, l’éloge
qui se dégage de la transgression des normes et de l’aptitude
de l’art à (faire) rire du Mal offre enfin un peu d’oxygène
à ceux qui ne respiraient plus – en rappelant que rien n’est
plus joyeux que de dé-moraliser les discours ambiants. Et là
où la morale reflue, le politique revient. Au Centre, un travail
sur la standardisation et la différence avec « Pareil pas
pareil, un parcours autour de l’empreinte », une histoire
des loisirs et de leur micropolitique en exposant soixante-dix ans de
souvenirs de « vacances à la mer », et les défis
du surréalisme à la Raison tentaculaire le temps d’un
hommage à Philippe Soupault. Hors du Centre, ce sont les mobilisations
diverses de la gauche « plurielle », en passe de remporter
des législatives inattendues, et surtout des défenseurs
des sans-papiers, menacés par une nouvelle loi, et des salariés
de l’usine Renault de Vilvoorde, dont on annonce la fermeture. La
Morale au Musée – et la politique, de nouveau, est possible.
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