logo Centre Pompidou

 

Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
l-->

1997
LA MAISON DE BORDEAUX
rem koolhaas
présenté par Olivier Cinqualbre
21 mai 07 à 19h30, Grande salle

77 79 84 97 82 78
83 93 90 91 98 86
81 92 88 85 07 00
94 01 87 80 96 95
89 06 99 02 05 03
04 spe  
 
ecran
lire la vidéo

Né en 1944 à Rotterdam, fondateur en 1975 de l’agence OMA (Office of Metropolitan Architecture) qu’il dirige depuis lors, lauréat du Prix Pritzker en 2000, l’architecte et urbaniste Rem Koolhaas associe une audace formelle inégalée dans sa génération et une pensée urbanistique en acte, audacieuse et résolument critique. L’impact de Koolhaas, référence incontournable dans l’architecture contemporaine, tient à ce double geste d’inventivité plastique ou technique (qui fait de ses réalisations autant de défis à la rationalité du bâti) et de libre élaboration théorique et imaginaire (qui en a fait l’auteur de plusieurs classiques, dont Delirious New York (1978) et S,M,L,XL avec le graphiste Bruce Mau). Parmi ses réalisations : l’Educatorium d’Utrecht, le Guggenheim de Las Vegas, les magasins Prada de New York et Los Angeles, la bibliothèque de Seattle ou la Casa da Musica de Porto, plus ses nombreuses expériences aux Pays-Bas et des maisons individuelles conçues comme autant de propositions radicales, notamment la Villa dall’Ava à Saint-Cloud et une maison près de Bordeaux (Prix de l’Équerre d’argent 1998). Crédits photos : à gauche, photographie de Sann Peper ; à droite, Hans Werlemann.

1998 par François Cusset
Un peu de science-fiction : imaginez un cratère fumant au cœur de Paris, à l’endroit où s’élevait une machine à turbines trop intense pour contenir tous ses flux, pour ne pas voler soudain en éclat, et après l’explosion, comme libérés par le choc, zigzaguant en tous sens hors du trou Beaubourg, imaginez ces mêmes flux soudain déterritorialisés s’en allant parcourir le vaste monde, venant enrubanner, électrifier, agiter de secousses inconnues d’autres sites en tous lieux, grouillement énergétique d’un principe sans attache. Pour sa première année hors les murs (les travaux de rénovation devant durer plus de deux ans), c’est bien ce qui arrive en 1998 au Centre Pompidou, qui pour n’être nulle part, est désormais partout, disséminant ses projets et dispersant ses collections au gré d’agencements inédits : « Man Ray » au Grand Palais, les « Années Supports/Surfaces » au Jeu de Paume, « 50 espèces d’espaces » à Marseille (entre la Vieille Charité et le Musée d’art contemporain), Kandinsky à Nantes ou Matisse à Lyon, et bien sûr les partenaires étrangers, du Musée d’art moderne de Mexico pour Joan Miró, à New York, naturellement l’éternelle concurrente, où Fernand Léger s’expose au MoMA et la rétrospective controversée « Premises » au Guggenheim Downtown — tandis qu’à Paris, la BPI déménage provisoirement rue Brantôme, et que l’Ircam inaugure son festival Agora aux Bouffes du Nord. Et tant qu’à s’arracher à ses origines, à quitter le sol matriciel, on peut aussi se mettre à lire tous ensemble en séminaire Minima Moralia de Theodor Adorno, bréviaire de la vie mutilée, ou encore lancer la toute première Encyclopédie des Nouveaux Médias. Le Centre, ainsi décentré, innoverait-il donc plus encore ? Mais s’il fallait choisir entre Adorno et les Nouveaux Médias, l’année 1998 est une année de science-fiction et d’effets spéciaux plus que d’hommage à l’École de Francfort : c’est l’année où frémit déjà la bulle spéculative Internet, où intellectuels et économistes n’ont que le « virtuel » en tête, l’année de Titanic et des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, mais aussi celle d’ATTAC et de « l’autre monde possible » de Porto Alegre. On célèbre également, en 1998, les trente ans de Mai 68, que leurs héros fatigués décrivent en « révolution sans programme » sinon le « triomphe du moi », et on fête surtout la Nation réconciliée autour du ballon rond, un soir de victoire historique dans le chaudron du Stade de France. En espérant, dans la liesse, que de ce cratère-ci, de cette explosion-là surgissent enfin les énergies positives de l’esprit d’équipe et les flux heureux de la confiance retrouvée. L’euphorie d’une sortie de soi, d’un territoire indéfiniment distendu : hors les murs, en somme — mais jamais pour très longtemps. Tous les textes de François Cusset -->


l-->