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Les Revues Parlées Histoire des Trente 1977-2007
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1997
FIN DU SIECLE ET DE PROGENITURES
pierre guyotat
14 novembre 07 à 19h30, Petite salle

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Révélé par ses deux premiers livres, Sur un cheval (1961) et Ashby (1964) mais plus encore par Tombeau pour cinq cent mille soldats, livre événement de 1967, Pierre Guyotat est l’un des plus grands créateurs vivants, l’auteur d’une œuvre fascinante qui a longtemps suscité le scandale (on se rappelle la triple interdiction de Eden, Eden, Eden en 1970 malgré les préfaces prestigieuses de Michel Leiris, Roland Barthes et Philippe Sollers). Au tournant du XXIe siècle, Pierre Guyotat achevait Progénitures, un livre majeur auquel il travaillait depuis sept ans, mettant en place un monde où se côtoient, s’engendrent, s’exploitent êtres humains, animaux, « non-êtres putains », univers épique et prophétique, porté par une langue transformée, ranimée, musicalisée, qui élève le récit à la hauteur du chant. Jean-Luc Godard a fait entendre la voix de Pierre Guyotat lisant Progénitures au Centre Pompidou dans le court métrage De l’origine du XXIe siècle commandé par le Festival de Cannes en 2000.

Entretien sur la fin d'un grand travail et le changement symbolique d'époque, avec Pierre Guyotat qui publie cet automne Formation aux éditions Gallimard.

Rencontre présentée par Marianne Alphant.

1999 par François Cusset
Les choses ont-elles encore (un) lieu ? Le lieu, au sens de site, de racine, d’identité locale, désigne-t-il encore quelque chose de stable, et n’est-il pas devenu pure gageure ? Cette année par excellence du kairos millénariste, du bon (ou du mauvais) moment tant attendu, semble périmer soudain les vieilles certitudes hantées sur leur sol, sur du dur, sur le terreau tangible d’un ici absolument distinct d’un là-bas – un endroit, une adresse, un limon. L’année est effectivement au brouillage des territoires, à la disparition de l’avoir-lieu, à son glissement progressif vers un tenir-lieu généralisé, simulacre vertigineux : 1999 c’est la bulle internet dans toute sa plénitude, la surenchère (financière et rhétorique) sur tout ce qui n’existe pas encore, sur ce qui n’a d’existence que virtuelle; c’est aussi l’entrée en vigueur de l’Euro et le mot d’ordre, dont personne n’est vraiment dupe, selon lequel cette union monétaire enfin matérialisée (par des pièces et des billets sans visage) équivaudrait à rien moins qu’à « la naissance d’un continent » ; et ce sont les combats des militants anti-OGM contre l’agro-chimie, autour de José Bové, et des jeunes altermondialistes contre le commerce mondialisé, lors du contre-sommet agité de Seattle – où rien ne résume mieux peut-être cette ubiquité sans précédent, ce déploiement d’énergies déterritorialisées, que l’image de ces anticapitalistes de dix-neuf ans tentant avec leurs Nike et des ruades de coups de pied de démolir dans un centre commercial de Seattle la vitrine d’un magasin… Nike. Une bonne année, en un mot, pour être hors les murs, comme l’est le Centre en 1999 pour sa dernière année pleine. Il peut ainsi réagencer ses collections le temps de deux expositions controversées au Guggenheim Museum de New York (« Rendezvous » et « Premises »), renvoyer Man Ray lui aussi à New York pour explorer sur son nom « la photographie à l’envers » à l’International Center for Photography, mais aussi déplacer le modernisme à la Villa Noailles de Hyères, le débat francophone à Beyrouth, le cubisme à Lille et Joan Miró à Bordeaux. Et il peut encore exposer David Hockney dans ses rares galeries laissées ouvertes ou bien déployer à Marseille, on ne saurait mieux dire, « 50 espèces d’espaces » sur un air de Georges Perec. Bien sûr, on ne déterritorialise pas de la même façon selon qu’on suit les lois cybernétiques de la « nouvelle économie » ou celles moins à la mode de la pataphysique, célébrée cette année à la Bibliothèque publique d’information (Bpi). Entre les deux, sachez-le, le Centre a choisi, mais il n’en dira rien – rien qui pût tenir en place. Tous les textes de François Cusset -->


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