Libération, 14
janvier 1998
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Biens juifs spoliés, reproches aux musées
Le rapport "d'étape" qui vient d'être présenté par la mission d'étude sur la spoliation des juifs de France juge encore largement insuffisantes les recherches entreprises pour recenser les oeuvres d'art restituées par l'Allemagne, et éventuellement les rendre aux ayants droit quand c'est encore possible.
Dans une polémique parfois confuse, les conservateurs des musées ont été à l'occasion accusés des pires turpitudes. Plus équilibrée, la mission d'étude souligne d'abord le combat des conservateurs sous l'Occupation nazie pour recenser et sauver ce qui pouvait l'être. Après la guerre, 100 000 oeuvres volées par les Allemands ont été repertoriées. 61 257 ont été restituées à la France, dont 45 000 ont pu être rendues à leurs propriétaires. Un peu plus de 2 000 oeuvres d'art particulièrement importantes ont été confiées à la garde de la Direction des musées de France, qui les a inscrites sur des registres particuliers. [...]
La commission reproche aux musées d'avoir observé, jusqu'à 1996 et la contreverse publique, une "longue période de silence" sur ces oeuvres qu'ils avaient en dépôt. Elle prend cependant acte des initiatives prises depuis. Mais elle presse l'administration d'accentuer cet effort de manière "significative". Elle trouve ainsi "regrettable" que l'inventaire précis de ce patrimoine n'ait toujours pas pu être effectué. [...]
En dix-huit mois, les musées n'ont été capables de retracer l'historique que de la moitié des peintures qu'ils ont entre leurs mains. ces recherches confirment cependant que la grande majorité de ces oeuvres n'ont pas en fait été spoliées aux juifs mais vendues aux autorités allemandes, notamment par des marchands qui n'ont bien évidemment aucune envie de se manifester. Sur 511 tableaux dont on a ainsi pu retracer l'historique, 494 paraissent avoir éét vendus et 17 seulement volés. [...]
Vincent Noce
Nice Matin, 13
février 1998
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La France va restituer un tableau volé par les nazis
Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, remettra aujourd'hui un tableau du peintre japonais Foujita à James Schwob d'Héricourt, héritier de Marcel Schwob d'Héricourt, dépouillé de ses biens en février 1942.
Ce tableau, intitulé Deux femmes nues illustre les efforts de l'Etat pour identifier les propriétaires des oeuvres volées par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et les leur restituer [...].
[...] Des recherches se poursuivent pour identifier les ayants droit des derniers objets volés, dont certains ont été confiés à des musées français
Libération, 9 avril
1998
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L'Etat révèle ses Kann
Peu à peu, les biens du collectionneur sont rendus
à ses héritiers
Le Musée national d'art moderne (Mnam) vient de clore son enquête sur deux oeuvres volées par les nazis et revendiquées par les héritiers du collectionneur Alphonse Kann : un Francis Picabia et surtout un Picasso de 1921, Tête de femme. Elles sont inscrites au registre provisoire dit MNR (Musées nationaux récupération), qui compte 2 000 oeuvres d'art récupérées en Allemagne après la guerre. C'est maintenant au ministère des Affaires étrangères de décider si l'Etat restitue ces oeuvres à la famille Kann.
L'Etat a déjà rendu en moins d'un an à cette famille un paysage d'Albert Gleizes et un dessin de François Granet, qui se trouvaient respectivement au Mnam et au Louvre. Le Mnam s'est donné jusqu'à l'été pour étudier les revendications pendantes, date à laquelle il remettra son fonds MNR en dépôt au musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, qui doit ouvrir à l'automne. La famille d'Alphonse Kann, de son côté, n'a pas fini de revendiquer des pièces majeures dispersées dans le monde, dont deux Juan Gris qui se trouvent au Mnam.
L'ensemble, saisi en 1940 par les nazis dans la villa d'Alphonse Kann à Saint-Germain-en-Laye, pourrait former un musée. La liste dressée au Jeu de paume, qui servait de dépôt à l'ERR (Einsatzsab Reichleiters Rosenberg, du nom de son chef, Alfred Rosenberg), l'organisme chargé du pillage des oeuvres d'art, compte en effet 1 202 objets. La plupart ont pu être rendus après la guerre. Mais beaucoup manquent, dont des chefs-d'oeuvre, comme Les Deux soeurs de Matisse. D'autres ont été retrouvés un demi-siècle plus tard. [...]
Les recherches sont compliquées par la richesse de la collection Kann. Les listes allemandes ne correspondent pas toujours entre elles. [...] Il peut y avoir encore des différences avec une autre liste, celle dite du "train d'Aulnay", le convoi n° 40044 que les Allemands avaient bourré de peintures au moment de la débâcle mais qui a été arrêté à Aulnay.
Le jeu de pistes se complique particulièrement quand telle ou telle oeuvre s'est retrouvée sur le marché parisien des années 1940. Didier Schulmann, qui s'occupe de ces recherches au Mnam, les compare à une "investigation policière qu'il faut impérativement aborder avec des moyens d'historien : en croisant les sources et en les critiquant toutes". [...]
Enquête à pas lents
L'identification est difficile
Les recherches autour de la collection Kann montrent qu'en matière de restitution il n'y a pas de règles. Quelques cas, tous singuliers :
Tête de femme, Picasso, 1921. Ce tableau est recensé par l'ERR, mais à l'inventaire des propriétaires "inconnus". Un Buste de femme apparaît bien dans la liste du "train d'Aulnay" avec la mention KA (Alphonse Kann), mais avec des dimensions différentes. Une étiquette indique qu'il a été vendu à Kann par la galerie Simon en 1924. Le Mnam reconnaît un "faisceau de présomptions" jouant en faveur des ayants droit, mais sans "preuve formelle". Le Quai d'Orsay tranchera.
Caraïbe (ou Nègre-pie), Picabia, 1927. Cette gouache sur papier figurait sur les listes allemandes, sous le matricule KA 1069, mais avec un titre différent (Enfant au cheval), si bien que la famille ne savait pas qu'il s'agissait de la même oeuvre.
Le Joueur de guitare, Braque, 1914. C'est le cas le plus complexe. En procédant à de très grands agrandissements de photos prises au jeu de paume, Didier Schulmann, conservateur du Mnam, s'est rendu compte de la présence de ce tableau, vendu par Kahnweiler à Kann en 1924. Il a changé de mains plusieurs fois avant d'être revendu par Heinz Berggruen, en 1981, au Mnam, 9 millions de francs. Cette peinture fait donc partie du fonds du musée. La spoliation entraîne-t-elle l'annulation de toutes les transactions qui suivent ? Ou à l'inverse faut-il protéger le possesseur de bonne foi et le patrimoine public ? [...]
Vincent Noce
La Libre Belgique,
31 juillet 1998
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Restitution
Un tableau d'Utrilllo revient aux héritiers de
Roger-Julien Bloch
Le gouvernement français a restitué mercredi aux héritiers du collectionneur Roger-Julien Bloch un tableau de Maurice Utrillo, La Rue du Mont-Cenis à Montmartre (vers 1927), qui figurait parmi les oeuvres récupérées après la Seconde Guerre mondiale et confiées à la garde du Musée national d'art moderne, a annoncé le Centre Georges Pompidou à Paris.
L'oeuvre avait été présentée en avril 1997 par le Centre Georges Pompidou avec 37 autres récupérées après la guerre. Le catalogue de ces oeuvres dites MNR (Musées nationaux récupération), est toujours consultable sur le site Internet du Centre Pompidou (http://www.cnac-gp.fr).
Il y a deux semaines, un tableau de Francis Picabia, Caraïbe ou Nègre-Pie, avait déjà été restitué aux héritiers d'Alphonse Kann.