le cinéma du musée

Les films de la Collection

Chaque mercredi à 15h, découvrez un film de la Collection !

Texte Chaque mercredi à 15h, découvrez un film de la Collection !

Chaque semaine, nous vous présentons ici une œuvre cinématographique issue de nos collections. Comme une salle de cinéma dématérialisée, ce nouvel espace de programmation vous offre une occasion inédite de découvrir des films à la croisée des avant-gardes, du cinéma expérimental, du documentaire et du film d’artiste. Chaque film est accompagné d’un commentaire, ​d’une analyse ou ​d'une mise en dialogue avec d’autres œuvres des collections du Musée national d’art moderne.
 
Découvrez la singularité de l’image en mouvement au sein de l’histoire de l’art moderne et contemporain !

3 juin - 9 juin : No Sex Last Night (1995) de Sophie Calle & Gregory Shephard

Archives des séances passées :

1er avril - 7 avril: Les Mains négatives (1979) de Marguerite Duras
8 avril - 14 avril : La Première partie du roi Henri IV de double V Shakespeare : une analogie (1972) de Joëlle de la Casinière
15 avril -21 avril :  Au Printemps (1929) de Mikhail Kaufman
22 avril - 28 avril : Deux fois (1969) de Jackie Raynal
29 avril - 5 mai : L’Eau de la Seine (1982-1983) de Teo Hernandez
06 mai - 12 mai : Le journal de Gloumov (1923) de Sergueï M. Eisenstein
13 mai - 19 mai : Nuits électriques (1928) d'Eugène Deslaw
20 mai - 26 mai : Grand Littoral (2003) de Valérie Jouve et Marseille vieux port, (1929) de László Moholy-Nagy
27 mai - 2 juin : Mass for the Dakota Sioux, (1963-1964) de Bruce Baillie

Sophie Calle & Gregory Shephard - No Sex Last Night,1995

Film 35 mm (numérisé), couleur, sonore, 76 min. (AM 1999-F1402)

 

Texte

Sophie Calle & Gregory Shephard, No Sex Last night, 1995, Film 35 mm, couleur, sonore, 76 min. Achat 1999 (Photogrammes) © droits réservés © photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Hervé Véronèse/Dist. RMN-GP

À partir de la fin des années 1970, Sophie Calle développe une œuvre d’inspiration auto-biographique utilisant la photographie, le film, le texte et le dispositif de l’installation pour construire des auto-fictions ludiques et mélancoliques dans lesquelles elle traite de l’intime, de la rencontre, du désir, de l’absence, du deuil et de la mémoire dans le style descriptif du reportage ou de l’inventaire. En 1992, avec Gregory Shephard, l’homme qu’elle aime, l’artiste part pour un road movie de la côte Est vers la côte Ouest des Etats-Unis, à destination de Las Vegas, où ils projettent de se marier. Le film montre les points de vue entremêlés des deux protagonistes se filmant mutuellement au moyen de caméras vidéo pendant les trois semaines que durera leur voyage, à l’intérieur de leur Cadillac et dans les nombreux motels où ils s’arrêtent. « Nous parlons chacun presque exclusivement à notre caméra, parce que notre relation s’était dégradée au point que nous ne nous adressions plus la parole. Manque de dialogue, manque de technique, tout est venu de là ». Chaque matin, Sophie Calle enregistre un plan de lit défait tandis que l’on entend sa voix prononcer les mots : « No Sex Last Night ». À l’issue du voyage, leur mariage à Las Vegas mettra fin à leur relation. No Sex Last Night est donc le récit d’un deuil : celui de la relation avec l’aimé, mais aussi celui de son ami l’écrivain Hervé Guibert, dont elle apprend le décès au commencement du voyage, au moment où elle décolle de l’aéroport d’Orly. No Sex Last Night renoue ainsi avec la tradition élégiaque dont Dante, avec la Vita Nova, récit d’amour et de deuil écrit en langue vulgaire, avait jeté les bases dans la littérature moderne occidentale. Le film, construit en miroir à partir de deux points de vue antagonistes, sera diffusé en deux versions différentes : l’une, transférée en 35 mm et distribuée en salle (No Sex Last Night), la seconde, intitulée Double Bind, étant destinée à l’exposition.

Parole d'Artiste

Texte Parole d'Artiste

Sophie Calle & Gregory Shephard, No Sex Last night, 1995, Film 35 mm, couleur, sonore, 76 min. Achat 1999 (Photogrammes) © droits réservés © photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Hervé Véronèse/Dist. RMN-GP,

« J'ai rencontré Greg dans un bar à New-York en décembre 1989. Il a proposé de me loger. Il m'a donné son adresse, tendu ses clés, puis il a disparu. J'ai passé la nuit seule dans son lit. Plus tard, je l'ai appelé de Paris pour le remercier, il a proposé de me rejoindre et m'a donné rendez-vous le 20 janvier 1990, aéroport d'Orly, neuf heures. Il n'est pas venu. Le 10 janvier 1991, à dix heures, le téléphone a sonné : “C'est Greg Shephard, je suis à Orly, j'ai un an de retard. Voulez-vous me voir ?” Cet homme savait comment me parler. Il rêvait de faire du cinéma. Je rêvais de traverser l'Amérique avec lui. Pour l'inciter à me suivre, j'avais proposé que nous réalisions durant le voyage un film sur notre vie de couple. Il avait accepté et, le 3 janvier 1992, nous quittions New-York dans sa cadillac en direction de la Californie. Au départ de New York, leur relation s'étant dégradée, le couple ne s'adresse plus la parole. De ce manque de communication naît l'idée de se munir de deux caméras vidéo et de les utiliser comme un confessionnal en racontant - chacun de son côté, et de manière privée - à sa caméra tout ce qu'il ne peut dire à l'autre. »
Sophie Calle.

Biographie

Texte Biographie

Sophie Calle, M’as-tu-vu ?, couverture d’ouvrage, Paris, Éditions Centre Pompidou, 2004 (détail) © droits réservés

Née en 1953 à Paris, Sophie Calle part au début des années 70 pour un long périple à travers le monde. C'est lors d'un séjour en Californie en 1978, qu'elle prend ses premières photographies « sans vocation » : des tombes portant l'inscription « Father » et « Mother ». Elle vient de découvrir ce qui pourrait « plaire à son père ». À son retour à Paris, elle commence ses premières filatures d'inconnus dans la rue, dérive contrôlée dans la ville, qu'elle agrémente de photographies et de textes, consignés dans des carnets. Le travail de Sophie Calle a pu ainsi être apparenté à celui des artistes des années 60-70, où le statut de l'image photographique concernait la trace, la preuve objective de leurs expériences et de leurs performances. Son œuvre se rapproche davantage en fait d'un art narratif, issu lui aussi de la même période. Sophie Calle s'est engagée dans les années 80 dans une voie spécifique, qui donne une place importante à l'affect et au sentiment. L'artiste construit des règles du jeu et des rituels dans le but d'améliorer sa vie, de lui rendre sa dimension existentielle. Sous la forme d’installations, de photographies, de récits, de vidéos et de films, Sophie Calle construit, depuis plus de vingt ans, des situations où elle se met en scène sur un mode autobiographique et selon des règles précises. En 2007, Sophie Calle représente la France à la Biennale de Venise.

Pour aller plus loin

Texte Pour aller plus loin

Sophie Calle, M’as-tu-vu ?, couverture d’ouvrage, Paris, Éditions Centre Pompidou, 2004 © droits réservés

En 2004, l’artiste Sophie Calle exposait au Centre Pompidou. Intitulée « M’as-tu vue » cette exposition monographique rassemblait un ensemble de travaux anciens comme Les Dormeurs (1979) et un important corpus d’œuvres nouvelles, telles que Douleur exquise (1984-2003) et Unfinished (2003), créées pour l’occasion. Commissaire de l’exposition, Christine Macel définit les caractéristiques de l’art de Sophie Calle comme « l’association d’une image et d’une narration, autour d’un jeu ou d’un rituel autobiographique, qui tente de conjurer l’angoisse de l’absence, tout en créant une relation à l’autre contrôlée par l’artiste. »

Retrouvez le travail de l’artiste en parcourant le dossier pédagogique de l’exposition et son catalogue.