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Mutations/Créations

En 2017, le Centre Pompidou initie une nouvelle manifestation intitulée « Mutations/Créations », résolument tournée vers la prospective et l’interaction des technologies numériques avec la création ; un territoire partagé entre art, innovation et science. Transversale, aux croisements des disciplines, mêlant recherche, arts et ingénierie, cette manifestation annuelle, qui associe le Musée national d’art moderne et l’Ircam, convoque, à chaque édition, art, architecture, design et musique.

 

Cette plate-forme d’expositions monographiques et thématiques se donne comme un observatoire critique et un outil d’analyse des impacts de la création sur la société. Comment les champs de création se sont-ils emparés des technologies numériques pour ouvrir de nouvelles perspectives industrielles ? Comment ceux-ci interrogent les effets sociaux, économiques, politiques, les limites éthiques de ces développements industriels ? Quelles sont les mutations formelles dans les domaines de la musique, de l’art, du design et de l’architecture au regard des avancées des technosciences ? Au sein de « Mutations/Créations », l’artiste rencontre l’ingénieur, le philosophe croise le designer, l’innovation scientifique et technologique inspire de nouveaux processus de pensée, de conception, de production.

 

En étroite synergie avec les expositions, l’Ircam présente chaque année le « forum Vertigo », soutenu par le programme STARTS de la Commission européenne, accueillant rencontres, performances et spectacles, dans un dialogue entre musique, arts, ingénierie, recherche scientifique et nouvelles technologies. La richesse des échanges entre création, recherche et enseignement s’exprime au travers de nombreux partenariats noués avec des universités, laboratoires de recherches, écoles d’art, d’architecture et de design.

Chaque année, les expositions de « Mutations/Créations » s’articulent à une programmation de rencontres et d’ateliers afin de faire du Centre Pompidou un « incubateur », un lieu de démonstrations de prototypes, d’expériences artistiques in vivo.

 

Première édition

La première édition, autour du thème des « Formes du digital », s’est ouverte avec l’exposition « Imprimer le monde ». Entre spéculations et expérimentations concrètes, les technologies numériques de l’impression 3D ont engagé une nouvelle révolution industrielle. Quel est le nouveau statut de l’œuvre et de l’auteur à l’ère de l’automatisation de l’acte créatif et de la co-création au sein des plates-formes open source ? Cette exposition collective a rassemblé une nouvelle génération d’artistes, designers et architectes qui recourent aux mêmes outils de conception numérique et se sont emparés des technologies de l’impression 3D. Une « time line » remontait aux sources de l’impression 3D dans les champs de l’art, du design, de l’architecture et des sciences. Cette exposition présentait aussi de nouvelles acquisitions et productions du Centre Pompidou.

Conjointement une rétrospective inédite consacrée à l’œuvre du designer britannique Ross Lovegrove avait lieu, ouvrant un dialogue entre nature et technologie et déployant une vision « holistique » du design à travers sa pratique visionnaire. Ross Lovegrove a su prendre en compte, dès les années 1990, les mutations digitales, prônant une économie des matériaux et des formes inspirées de la nature. Cette exposition soulignait la nouvelle place du design à l’ère post-industrielle, à l’heure du glissement du mécanique vers le biologique.

Deuxième éditon

En plaçant le code informatique au cœur de sa problématique, la deuxième édition de « Mutations/Créations », « Coder le monde », en 2018, s’est intéressée à une technologie présente dans l’ensemble des domaines industriels, qui a bouleversé les domaines de l’information et nos pratiques culturelles jusqu’à s’imposer comme nouveau langage universel. Revenant sur l’histoire du code numérique et la manière dont les artistes s’en sont emparés depuis l’avènement de l’ordinateur dans les années 1960, l’exposition a fait apparaître un univers esthétique et critique commun, qui questionne notre quotidien irrigué par les logiques numériques. Articulée autour de six « time lines », l’exposition mettait au jour de multiples correspondances dans les logiques de création et offrait une lisibilité globale de ce qui constitue une culture du numérique.

En écho s’est tenue une exposition de l’artiste japonais Ryoji Ikeda, comprenant deux installations immersives, mêlant phénomènes perceptifs et équations mathématiques.

 

Troisième édition

La troisième édition de « Mutations/Créations » proposa de retracer une archéologie du vivant et de la vie artificielle dans la création artistique. L’exposition « La Fabrique du vivant » en 2019 présenta les œuvres récentes d’une cinquantaine de créateurs – artistes, designers, architectes – ainsi que des travaux de laboratoires scientifiques. Les biotechnologies sont désormais utilisées comme médium par les artistes, les designers ou les architectes. Entre l'inerte et l'animé, apparaissent de nouveaux états intermédiaires d'artificialité, faisant évoluer la notion de « vivant ». Le design recourt désormais à la « biofabrication », à de nouvelles « technologies disruptives » du vivant. Les bio-matériaux, fabriqués à partir d’organismes biologiques (mycélium de champignon, algues laminaires, bactéries, levures, etc.) ont engendré des nouveaux objets durables et biodégradables. L’étude du comportement du vivant (animal ou végétal) a conduit à la conception de projets innovants d’architecture. À l’heure des technologies numériques, les artistes puisent leur démarche dans l’univers de la biologie, développant de nouvelles écologies sociales et politiques à partir de la question du vivant. Le matériau même de l’exposition était évolutif, certaines œuvres étant impliquées dans un processus de croissance ou de dégénérescence. L’installation sonore Biotope du compositeur Jean-Luc Hervé, proposée par l’Ircam, s’intégrait au parcours, tel un organisme vivant, interagissant avec les déplacements des visiteurs. 

Parallèlement une exposition de l’artiste brésilienne Erika Verzutti explorait à travers ses sculptures organiques les frontières entre nature et artificiel.