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Focus sur... « Danaïde » de Constantin Brancusi

Véritable joyau du Centre Pompidou, Danaïde de Constantin Brancusi déploie toute la puissance d’un langage sculptural en pleine invention, entre épure des formes, quête d’abstraction et fascination pour les arts d’Extrême-Orient. Entrée dans la collection grâce au legs de l’artiste à l’État français en 1957, cette œuvre au regard énigmatique appartient à l’un des plus importants ensembles Brancusi conservés au monde.

± 4 min

En 1910-1911, Constantin Brancusi (1876-1957) exécute un certain nombre d’études de Margit Pogany, une jeune artiste hongroise rencontrée dans une pension de famille parisienne. Celle-ci en a rappelé le souvenir dans une correspondance adressée, en 1952, au Museum of Modern Art et publiée par Sidney Geist, Brancusi. A Study of the Sculpture. À sa première visite à l’atelier de l'artiste, situé impasse Ronsin dans le 15e arrondissement de Paris, en juillet 1910, Margit Pogany remarque une tête penchée sur un petit cou et « toute en yeux » qu’elle prend pour son portrait fait de mémoire. En réalité, il s’agit sans doute de l’œuvre en albâtre de 1910, Narcisse, à la tête inclinée et aux grands yeux bombés cerclés de paupières, qui seront repris dans la version en marbre de Mlle Pogany I , achevée en 1912 après le départ de son modèle.

 

Le premier état en marbre blanc de Danaïde, exposé en 1914 à la Photo-Secession Gallery de New York, est une variante de Mlle Pogany – intermédiaire entre sa première et sa deuxième version – où les grands yeux en saillie sont remplacés par de fines arcatures en demi-cercles. De façon analogue à l’apparition de La Muse endormie ou de la Tête d’enfant endormi, qui combinent un visage avec une œuvre antérieure, celle de Mlle Pogany relève du même procédé sériel, croisé avec l’intervention d’un modèle : le portrait de Margit Pogany mêlé à celui de Narcisse, puis de Danaïde.

 

L’or réservé à la face et la patine noire à la chevelure confèrent à la physionomie une élégance méditative et un raffinement proches de l’art bouddhique extrême-oriental, admiré par Brancusi.

 

Entre 1913 et 1918, comme s’il voulait développer l’image de cette dernière, Brancusi en a multiplié les tirages en bronze, patiné, doré ou poli, qui conservent le souvenir du marbre réduit, après juin 1922, à une sphère abstraite. Les deux premières fontes, réalisées par le fondeur parisien Valsuani, dont celle conservée dans le legs de l'artiste à l'État français, sont dorées à la feuille. L’or réservé à la face et la patine noire à la chevelure confèrent à la physionomie une élégance méditative et un raffinement proches de l’art bouddhique extrême-oriental, admiré par Brancusi au Musée Guimet. ◼

Extrait du catalogue Collection art moderne - La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Léal, Paris, Centre Pompidou, 2007