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La visite amoureuse de... Louise Bourgoin

Actrice prolifique vue chez Anne Fontaine ou Thomas Lilti, Louise Bourgoin dessine avec passion depuis toujours. Invitée par le Centre Pompidou à échanger sur sa pratique lors d'une rencontre avec le public en marge de l’exposition « Dessins sans limite » (actuellement au Grand Palais), elle nous livre ses coups de cœur. Avec pêle-mêle, Jean-Michel Basquiat, Hannah Höch, Willem de Kooning ou… Louise Bourgeois — à qui celle qui est née « Ariane » a emprunté, comme un clin d'œil, le prénom comme nom de scène. 

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Elle dessine en noir et blanc, toujours. Et sur la table de sa cuisine, souvent. Pour Louise Bourgoin, le dessin est un élan vital. Formée aux Beaux-Arts de Rennes, celle qui se destinait un temps au professorat a bifurqué vers la télévision un peu par hasard, au mitan des années 2000 (qui a oublié son hilarante chronique météo au Grand Journal de Canal + ?). Avant d’embrasser une carrière de comédienne avec le succès que l'on sait.

 

Elle dessine en noir et blanc, toujours. Et sur la table de sa cuisine, souvent. Pour Louise Bourgoin, le dessin est un élan vital.

 

Vue chez Anne Fontaine, Axelle Ropert, Nicole Garcia, Thomas Lilti ou encore Joachim Lafosse, Louise Bourgoin affirme, film après film, un goût pour les autrices et auteurs singuliers, entre comédie, drame intime et fantaisie. Une fantaisie qu’elle exprime aussi dans ses dessins, toujours très libres. Parmi les artistes qu’elle cite spontanément, on trouve beaucoup de femmes, comme Artemisia Gentileschi, Marina Abramović ou Sophie Calle. Et Louise Bourgeois évidemment, qui lui a inspiré son nom de scène, elle qui est née « Ariane » en 1981. De la plasticienne, elle dit aimer « ses installations monumentales. Et puis sa façon de parler, faussement naïve, de ses œuvres objectivement extrêmement sexuelles. » Invitée par le Centre Pompidou à échanger sur sa pratique du dessin lors d'une rencontre avec le public en marge de l’exposition « Dessins sans limite », l'actrice nous livre ses coups de cœur artistiques.

« Le dessin me touche, car il porte en lui un secret et une intimité. J’aime les artistes qui travaillent avec le papier, parce que c’est un matériau fragile, qu’on doit protéger de la lumière — une fois qu’un dessin a été exposé, il doit attendre trois ans avant d’être réexposé, m’a-t-on dit. Les dessins présentés dans l’exposition sont ainsi protégés le plus possible pour qu’ils restent pour l’éternité, je trouve que c’est très beau !

 

 

Le dessin ne devient une œuvre d’art à part entière et exposé comme telle qu’assez récemment dans l’histoire de l’art, plutôt au cours du 20siècle. Pourtant, un dessin, c’est la première trace de l’idée d’un artiste. Parfois, cela n’est d’ailleurs que la trace d’une œuvre qui, finalement, n’adviendra jamais. Les artistes ont souvent utilisé le dessin pour transposer ensuite, de façon plus réfléchie, leur idée, que ce soit dans une peinture ou une sculpture. Le dessin, c’est le premier moyen d’expression, et ça me touche beaucoup. J’aime que ça permette de dire rapidement quelque chose qui, parfois, n’est encore qu’à l’état embryonnaire. Il arrive que je préfère un dessin à une œuvre finalisée, parce qu’il y a une sorte de jet premier. Je dis souvent que, parfois, la main pense avant le cerveau ! Certaines fois, le dessin est aussi le témoin d’erreurs, il y a des traits à gommer… C’est très touchant, je trouve qu’il y a là comme une connexion directe avec l’artiste, presque une dédicace.

 

Le dessin me touche, car il porte en lui un secret et une intimité.

Louise Bourgoin 

 

Au début du parcours, il y a ce grand dessin de Jean-Michel Alberola, une sorte de paysage sur lequel on aperçoit, en haut et en bas, un bout de paupière — l’artiste a d’ailleurs écrit « paupière supérieure » et « paupière inférieure » sur le dessin lui-même, ce qui crée une sorte de cadre humain autour du paysage. C’est un peu comme si nous avions fait un pas en arrière de son œil, et qu’il nous emportait avec lui pour la suite du parcours… Je trouve que c’est un accrochage très sensible.

 

J’ai aimé la diversité des styles aperçus dans l’exposition — on passe de papiers découpés à de la caricature. Je pense, par exemple, à George Grosz, qui fait des dessins sublimes à l’encre de Chine, de vrais petits chefs-d’œuvre satiriques. Il y a aussi cette œuvre de Gilbert & George, un immense allover, un dessin au fusain dans lequel on peut pénétrer, en immersion totale.

J’aime beaucoup la violence, l’immédiateté et l’urgence qu’il peut y avoir dans le dessin. Il y en a un magnifique dans l’exposition, un nu signé Willem de Kooning (Woman, 1952). De Kooning est l’un de mes peintres favoris, mais j’ai finalement vu peu de dessins de lui. Pareil avec Basquiat, dont je connais bien la peinture, mais moins le dessin — l’expo en montre un très rare, de 1983. Sinon, j’aime énormément Ellsworth Kelly, qu’on connaît pour ses grandes abstractions, mais qui fait aussi des dessins à l’encre très pure, comme cette branche d’un végétal que l’on voit dans le parcours. J’adore aussi Raoul Dufy, dont on voit un nu datant de 1931, un dessin qui semble avoir été exécuté très rapidement. J’ai été surprise par des artistes que je connaissais moins, comme Marlene Dumas et ses grands portraits ; William Kentridge, qui filmait ses dessins en train d’être gommés ; Hannah Höch, et son photomontage de style dada extrêmement fort, un visage très étrange qui m’a fait penser à ORLAN. J’ai trouvé ça extrêmement puissant.

 

Moi, je travaille à la plume, tout simplement, en un seul trait à main levée, sans esquisse préalable. 

Louise Bourgoin

 

Moi, je travaille à la plume, tout simplement, en un seul trait à main levée, sans esquisse préalable. J’aime bien le premier jet, et puis essayer de réparer mes erreurs en cours de dessin. J’avoue avoir un peu peur de la couleur ! Ceux qui excellent dans l’art de placer les couleurs me fascinent, comme Josef Albers. Je l’ai beaucoup étudié quand j’étais aux Beaux-Arts, et mon père m’avait même offert son livre L’Interaction des couleurs. Il y a d’ailleurs une petite gouache de l’artiste dans l’exposition. Sublime ! » ◼

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