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Deborah Bowmann, photo © Sepideh Farvardin

Deborah Bowmann, coup double au festival Extra!

C'est sous l'intrigant pseudo « Deborah Bowmann » qu'Amaury Daurel et Victor Delestre, jeunes galeristes, scénographes et designeurs, œuvrent de Bruxelles à Paris. Pour l'édition 2021 d'Extra!, ils ont entièrement conçu l'espace central en réinterprétant l'idée du salon littéraire, fil rouge du festival de littérature du Centre Pompidou. Rencontre à une voix de deux têtes pensantes.

± 4 min

À la fois artistes, galeristes, scénographes et designeurs, le duo Amaury Daurel et Victor Delestre, alias Deborah Bowmann a conçu l’espace central du festival Extra!, situé dans le Forum -1 du Centre Pompidou. Transformé en un « salon littéraire » inattendu, cet espace devient ambivalent : entre intérieur et extérieur, entre espace domestique et place publique, entre mobilier ancien et salons commerciaux. Le duo bruxellois a fabriqué le mobilier, dont le statut oscille entre celui d’œuvre et d’accessoire utile. Avec cette scénographie intitulée « Chambre pour tous », Deborah Bowmann interroge de façon à la fois active et critique le visage néo-capitaliste de l’artiste contemporain. Avec eux, le motif ancien du salon littéraire, autrefois aristocratique, apparaît à la fois suranné et très actuel : le mobilier propose un lit double autant qu’une scène rock et un écran intégré, enregistrant les mutations de la littérature, ouvrant la vie littéraire à l’intime, tout autant qu’au spectacle. Rencontre.

Le festival Extra! vous a confié la scénographie. Comment l’avez-vous imaginée ?

Deborah Bowmann — La proposition originale était en effet l’idée du « salon », terme qui nous intéresse dans son hybridité, dans le sens où il peut qualifier tant l’espace domestique que les foires commerciales ou encore les rassemblements littéraires. Nous avons donc décidé de réunir l’ensemble de ces espaces pour en composer un, transitoire et onirique. Nous avons ainsi conçu du mobilier à la fois domestique et pour le bureau pour faire se rencontrer les sphères intimes et publiques. La moquette, élément typique des foires mais aussi des habitations, appuie cette ambivalence. Le choix du bois teint et vernis vient rendre compte d’une temporalité incertaine, voire d’un certain anachronisme. Notre installation réfère ainsi un temps passé réinventé, réapproprié.

 

Sous le nom fictif de Deborah Bowman, vous êtes à la fois un duo d’artistes et dirigez une galerie d’art installée à Bruxelles. Comment travaillez-vous ? 

Deborah Bowmann — L’idée est d’articuler en étroite relation pratique curatoriale et pratique d’atelier. L’utilisation de l’identité de Deborah Bowmann nous permet de réunir ces différentes propositions sous un même nom, qui porte déjà en lui-même cette complexité et permet d’être abordé sous ces différentes facettes : nom d’artiste, nom d’un lieu physique, nom de marque. Nos productions trouvent ainsi très souvent leurs origines dans les expositions que nous organisons chez nous, où nous nous plaçons au service de l’exposition même et des artistes. 

 

L’utilisation de l’identité de Deborah Bowmann nous permet de réunir ces différentes propositions sous un même nom, qui porte déjà en lui-même cette complexité et permet d’être abordé sous ces différentes facettes : nom d’artiste, nom d’un lieu physique, nom de marque.

Amaury Daurel et Victor Delestre

 

Que représente pour vous le Centre Pompidou ?
Deborah Bowmann — 
Un haut lieu de l’art moderne et de l’art contemporain international en France. Nous le fréquentons depuis longtemps et il a toujours incarné quelque chose de grandiose et mystérieux, de par son architecture et de par les nombreux grands artistes qui y ont exposés. Le Centre est pour nous un temple étrange, aux odeurs de peintures et vernis mélangées à la poussière des cadres et des vieux matériaux.

 

Votre œuvre préférée au Centre Pompidou ?
Deborah Bowmann — 
Difficile d’en choisir une seule ! Nous aimons beaucoup Brandt/Haffner de Bertrand Lavier, qui représente un geste sculptural très important et influent pour notre pratique artistique dans ce jeu supportant/supporté et cette mise en suspens de ce qui fait œuvre et ce qui fait socle. L’Atelier Brancusi est par ailleurs très intéressant dans cette même perspective, où l’on ne sait plus très bien où les œuvres commencent et se terminent, tant les socles et les sculptures semblent se confondre dans un jeu de séduction permanent. ◼