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Jean Dubuffet, Le jardin d'hiver 1968 - 1970

Focus sur... « Jardin d'hiver » de Jean Dubuffet

C'est une caverne bicolore aux parois cabossées, un espace hors de temps propice à la méditation. Créé à la fin des années 1960, le Jardin d'hiver de Jean Dubuffet, est accessible au niveau 4 du Musée. Exploration de ce jardin artificiel imaginé par le pionner de l'art brut.

± 5 min

L'œuvre tardif du chantre de l'art brut est reconnaissable au premier coup d'œil. Ses dessins au stylo-bille rouge et bleu ou ses « peintures monumentées » aux formes abstraites, délimitées par de grands cernes noirs, sont à l'image de cet artiste obstinément hors norme.

Grimper une volée de marches, passer par une porte entrebâillée, marcher à l'intérieur d'une sculpture, s'y asseoir et découvrir « des images constituées en un habitat »... Le Jardin d'hiver permet au spectateur ce genre d'expérience méditative au sein même du Centre Pompidou.

 

La grotte artificielle est un lieu aveugle où il n'est pas question de nature, mais où d'autres interrogations, d'autres méditations peuvent émerger.

 

L'œuvre est un caisson blanc aux parois cabossées. Du sol au plafond, d'épaisses lignes noires soulignent ou contredisent les accidents de surface. Réalisée d'après une maquette en polystyrène peinte au vinyle puis largement agrandie et couverte de polyuréthane, la grotte artificielle est un lieu aveugle où il n'est pas question de nature, mais où d'autres interrogations, d'autres méditations peuvent émerger. Celle platonicienne du mythe de la caverne vient à l'esprit : Dubuffet pense que notre conception de la réalité est « une antique invention adoptée collectivement et dont notre esprit s'est persuadé ». Il s'agirait donc d'une convention, d'une illusion collective. Charge à l'artiste d'imaginer d'autres formes de déchiffrement par la peinture et d'autres ordonnancements. Comme ici, dans ces limbes synthétiques.

En 1944, la galerie Drouin reçoit des lettres anonymes, le livre d'or est couvert d'insultes : pour la première exposition personnelle de Dubuffet, les réactions sont violentes. Malgré un texte de présentation de l'influent Jean Paulhan, éditeur de La Nouvelle Revue française, l'artiste irrite les visiteurs qui trouvent ses personnages hideux, sa peinture trop empâtée, ses couleurs trop criardes. On crie à l'imposture. Pierre Matisse, le galeriste de Braque et de Picasso à New York, l'expose en 1946 et le fait connaître au public américain. Il le présente comme étant la relève. Le critique Clement Greenberg est enthousiaste. Les expositions s'enchaînent au rythme d'une à deux par an à Manhattan. À partir des années 1960, les projets de sculpture monumentale se concrétisent, coïncidant avec la plus large reconnaissance de l'artiste en France et aux États-Unis. L'œuvre de Dubuffet fait l'objet de deux rétrospectives, l'une au musée des Arts décoratifs (nouvelles polémiques) et l'autre au MoMA à New York. Dubuffet devient célèbre pour sa détestation de l'académisme et pour son action en faveur de l'art brut. Dans les années 1970, Coucou Bazar, grand « tableau animé », est montré au Guggenheim puis au Grand Palais. Dans les années 1980, le Guggenheim de nouveau, le Centre Pompidou, les musées de Tokyo et d'Osaka, et enfin, panthéonisation, le Pavillon français de la Biennale de Venise qui lui est entièrement consacré en 1984. ◼

Art brut


Le nom de Dubuffet est couramment associé à la notion d'art brut dont il a été l'inventeur, le théoricien et le grand collectionneur. L'artiste, souhaitant donner la parole aux personnes « étrangères aux milieux artistiques professionnels », libres de toute influence comme de toute contrainte, développe une collection d'objets confectionnés par des prisonniers, de dessins d'enfants ou de malades mentaux. La notion d'art brut permet en outre à Dubuffet de s'opposer à un art conventionnel et élitiste : « De l'art donc où se manifeste la seule fonction de l'invention, et non celles, constantes dans l'art culturel, du caméléon et du singe. »

Note

D'après l'ouvrage de Vincent Brocvielle, Pourquoi c'est connu ? Le fabuleux destin des chefs-d'œuvre du Centre Pompidou, Rmn-Gp, Éditions du Centre Pompidou, Paris, septembre 2020