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Sébastien Lifshitz, le cinéaste des invisibles

Depuis le milieu des années 1990, Sébastien Lifshitz trace une œuvre politique et poétique, résolument tournée vers l’autre. À l'automne 2019, il présentait la rétrospective intégrale de ses films et une exposition inédite au Centre Pompidou. Alors que son dernier film, Adolescentes, est encore visible en salle, Petite fille, son prochain documentaire, est diffusé par Arte en avant-première le 2 décembre.

± 5 min

Auteur de plus de dix films à ce jour, Sébastien Lifshitz construit depuis le milieu des années 1990 une œuvre dense, mêlant fictions et documentaires, dont chaque pan questionne le genre et la multiplicité de nos identités. Dans Bambi, en 2013, il dresse le portrait d’une célèbre artiste de music-hall, l’une des premières transsexuelles françaises, dans Les Invisibles, récompensé par le César du meilleur documentaire en 2012, il donne la parole à des hommes et des femmes homosexuels nés dans l’entre-deux-guerres. Alors qu'Adolescentes, sorti en automne 2019, est encore projeté en salle, retour sur la rétrospective inédite que lui a consacrée le Centre Pompidou.

C’est la première fois qu’une rétrospective de votre travail est organisée en France, quel regard portez-vous sur cet exercice ?

Sébastien Lifshitz — C’est abstrait pour moi. Je ne revois jamais mes films, je n’ai aucun recul par rapport à mon travail. Il n’y a que le film que je fais maintenant qui compte. Je cherche plutôt à tout oublier pour mieux me concentrer sur le film qui reste à faire. 

 

Pouvez-vous parler en quelques mots de la genèse d’Adolescentes, présenté en avant-première ?
SL —
C’est un film documentaire que j’ai tourné sur une période de cinq ans et qui suit le quotidien de deux adolescentes, Emma et Anaïs, entre leurs treize ans et leurs dix-huit ans. Je les ai regardées grandir et traverser cet âge si particulier. 

 

Vos films, comme les photographies que vous exposez, travaillent la notion d’intimité, comment la définiriez-vous ?
SL —
Les images que j’ai sélectionnées sont centrées sur des personnes. Je ne connais rien de leur vie car je les ai trouvées au hasard, au marché aux puces, dans des brocantes. Derrière chacune d’elles, il y a une histoire, une vie anonyme. Les questions se bousculent dans nos têtes. C’est une petite usine à fabriquer sans cesse de la fiction, mais qui redonne vie à tous ces visages oubliés.

 

 

Vous abordez les questions liées aux genres, à la multiplicité de nos identités, diriez-vous que votre œuvre est politique ?
SL — J’espère que mes films ont une dimension politique, même si ce n’est jamais frontal ou explicite. Ce sont d’abord des portraits, des récits de vie qui viennent croiser des questions sur l’identité, le genre, la construction et l’accomplissement d’un individu.

 

Pouvez-vous raconter la naissance de cette exposition, et la nécessité que vous ressentez à présenter les images de votre collection ? 
SL — 
Je collectionne la photo depuis mon adolescence. J’ai accumulé un nombre d’images hallucinant et aujourd’hui, je ressens le besoin d’en faire quelque chose. Beaucoup de ces photos d'amateurs sont à l’origine de projets de films. Elles ont nourri mon imaginaire, mon désir de cinéma. ◼

Commissariat de l'exposition et rétrospective

 

Sébastien Lifshitz

En collaboration avec

Sylvie Pras

Cheffe du service des cinémas, département culture et création

Amélie Galli

Chargée de programmation, service des cinémas, département culture et création