Nu de dos
[1907 - 1908]

Nu de dos
[1907 - 1908]
| Domain | Dessin |
|---|---|
| Techniques | Encre de Chine sur papier d'emballage |
| Dimensions | 38,6 x 18,6 cm |
| Acquisition | Achat, 1984 |
| Inventory no. | AM 1984-54 |
Detailed description
| Artist |
Henri Matisse
(1869, France - 1954, France) |
|---|---|
| Main title | Nu de dos |
| Creation date | [1907 - 1908] |
| Domain | Dessin |
| Techniques | Encre de Chine sur papier d'emballage |
| Dimensions | 38,6 x 18,6 cm |
| Inscriptions | S.B.G.à la plume/MO.B.DR. : Henri-Matisse / HM |
| Acquisition | Achat, 1984 |
| Collection area | Cabinet d'art graphique |
| Inventory no. | AM 1984-54 |
Analysis
Exécuté au roseau et à l'encre sur un papier brun d'emballage, le dessin Nu de dos, que l'on peut dater approximativement de 1907-1908, poursuit les recherches des gravures sur bois et des lithographies de l'hiver 1905. Le trait, large et appuyé, l'expressionnisme du rendu, la mise en page décentrée, la perspective plongeante sont autant de termes caractéristiques de l'œuvre graphique de la période fauve. Par son sujet, le dessin se réfère à une thématique plus ancienne dans la production de Matisse comme en témoignent notamment l'encre de 1901-1903, Etude de femme nue, debout, de dos, qui traite un sujet similaire dans la manière néo-impressionniste propre à cette époque, ou le Nu debout, de dos (1899- 1900) étudié précédemment. On peut aussi observer une récurrence de cette pose dans les intérieurs où les modèles lisent le dos tourné au peintre, dans les vues d'atelier où les nus protègent leurs visages, se détournent. Généralement masqués ou dissimulés dans les vues rapprochées, les visages semblent ne pouvoir participer à la figuration du corps ou ne supporter qu'un travail de portrait en excluant la présence. Cette dissociation du modèle ne prendra fin qu'avec les Odalisques des années vingt puis avec les séquences chorégraphiques de la série Thèmes et variations dans lesquelles corps et visage sont proposés ensemble au regard. Mais les nus violents de l'époque fauve paraissent trouver dans le retournement, la dissimulation, l'omission, le moyen de leur agressivité plastique. A ce titre, le Nu de dos du MNAM, à la fois tourné et décapité, peut être considéré comme exemplaire.
Il semble être une recherche pour la sculpture Dos dont les variantes, depuis la version 0 de 1909 à la version IV de 1930-1931, traversent la majeure partie de l'œuvre de Matisse. En effet, ce dessin présente un certain nombre d'analogies avec la sculpture permettant d'établir l'hypothèse d'une filiation directe. Il est marqué par un axe très lisible le structurant verticalement : le tracé de la colonne vertébrale et celui du flanc droit fusionnent dans la ligne qui délimite la jambe gauche de la droite; la mise en évidence de cet axe est au centre des différentes versions que connaît la sculpture1. Par ailleurs, le léger trois-quarts du dessin permet une présentation paradoxale du modèle, le montrant de dos tout en laissant voir le sein gauche; les bras repliés dans le geste de soulever la poitrine tentent de justifier ce rabattement optique. De manière particulièrement lisible dans la version en terre de 1909, la sculpture présente aussi le corps tourné mais suffisamment basculé pour que le sein reste visible : ici ce n'est pas le mouvement des bras, mais la pression du corps qui le fait saillir. Le paradoxe visuel engendré par ce trois-quarts semble avoir pour objectif de préserver dans le plan de la feuille de papier ou de la plaque de terre, la tridimensionnalité du modèle et la valeur de fac-similé de la sculpture. Car si les conventions graphiques laissent plus de marge à une restitution indicative du modèle, la sculpture, elle, est soumise au transfert inaltéré de la profondeur et du volume. Ainsi, le relief à demi-enterré du sein manifesterait l'existence, sous le verso, d'un recto « bras levé devant le visage ». Autre analogie perceptible entre le dessin et la sculpture, la mise en page ou en place du corps dans l'espace. Dans Nu de dos, le corps se trouve inachevé à mi-mollet, la perspective plongeante laissant l'œil imaginer un amenuisement formel exprimé par la suspension du trait. Quant à la tête du modèle, au premier plan, elle a été volontairement coupée au niveau du nez et de l'oreille. La ligne du ciseau hésite à cet endroit et de minuscules taches d'encre confirment qu'il ne s'agit pas d'un arrêt du dessin mais d'une découpe exécutée après coup. Liée au hasard technique ou à un repentir du peintre, cette coupe vient souligner les interdits pesant sur la représentation du corps chez Matisse. Dans la sculpture, les jambes s'arrêtent également à mi-mollet pour se perdre dans le rebord qui forme le socle du relief. De la tête ne sont visibles que la nuque et les cheveux; la main, agrippée au bord haut, se trouve coupée ou repliée. Cette position suggère un hors cadre et substitue à la convention abstraite du fond les qualités concrètes de format, d'espace, de matière d'un support contre lequel le corps peut s'appuyer et la main se tenir. Ici, de manière presque illusionniste, se joue la question du rapport figure-fond dont on trouve graphiquement l'origine dans les dessins au fusain et à l'estompe des années 1899-19002 et dont le sombre papier chamois de Nu de dos pourrait constituer l'équivalent plastique.
Anne Baldessari
Notes :
1. Albert E. Elsen, The Sculpture of Henri Matisse, New York, Harry N. Abrams, 1972, chapitre « The Five Backs », pp. 182-197.
2. Étude de femme nue, debout, de trois quarts, 1899-1901 (Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble); Étude de femme nue debout, de face, vers 1900 (collection particulière, cf. le catalogue Matisse, dessins, sculpture, Paris, Musée national d'art moderne, 29 mai-7 septembre 1975, p. 62).
Source :
Extrait du catalogue Œuvres de Matisse, catalogue établi par Isabelle Monod-Fontaine, Anne Baldassari et Claude Laugier, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1989
Bibliography
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Matisse, la collection du Centre Georges Pompidou, Musée national d''art moderne : Lyon, Musée des Beaux-Arts, 2 avril-28 juin 1998. - Paris : éd. Centre Pompidou (sous la dir. de Claude Laugier, Isabelle Monod-Fontaine et Philippe Durey) (cit. et reprod. coul. p. 22) . N° isbn 2-85850-946-8
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Quelque chose de plus que la couleur : Le dessin fauve 1900-1908 : Marseille, Musée Cantini, 22 juin-29 septembre 2002 (cat. n° 180, cit. p. 263, reprod. coul. p. 197) . N° isbn 2 7118 4358 0
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Un pais nuevo. Henri Matisse (1869-1954) : Centre Pompidou Málaga, 6 mars-9 juin 2019. – Málaga : éd. Centre Pompidou Málaga, 2019 (sous la dir. d’Aurélie Verdier) (reprod. coul. p. 33) . N° isbn 978-84-949006-5-5
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