Prière de toucher
1947
Marcel Duchamp
Prière de toucher (1947), est une œuvre réalisée pour la couverture du catalogue « Le Surréalisme en 1947 », qui accompagne l’exposition organisée avec André Breton à la galerie Maeght à Paris, et qui a pour thème l’érotisme. Un sein en mousse de latex, peint à la main, est fixé sur un fond de velours noir, accompagné de la mention ironique « Prière de toucher ». Duchamp se joue des injonctions muséales habituelles, en utilisant le caractère typographique –Didone– semblable aux panneaux des musées de l’époque interdisant de toucher les œuvres.
L’édition de luxe est probablement réalisée à partir du moulage du sein de sa compagne d'alors, la sculptrice Maria Martins, figure majeure de la scène artistique brésilienne, et dont le travail est présenté dans l’exposition.
Prière de toucher se situe ainsi au croisement de plusieurs problématiques chères à Duchamp : la matérialité du désir et la remise en cause du statut de l’œuvre d’art. En déplaçant l’attention du regard vers le toucher, Duchamp participe aux expérimentations surréalistes sur le désir et l’érotisme tout en visant à dépasser l’approche rétinienne de l’art occidental.
Cette œuvre laisse entrevoir la dimension érotique qui parcourt le travail de Marcel Duchamp : depuis 1912 –avec les recherches pour Le Grand Verre : La Mariée mise à nu…– jusqu'aux dernières œuvres –comme Feuille de vigne femelle (1950) ou Étant donnés : 1. La chute d'eau, 2. L'éclairage au gaz (1946-1966) (Musée de Philadelphie). Pour Marcel Duchamp, l’érotisme constitue une constante universelle, un langage partagé, substitut moderne du romantisme et du symbolisme. Il en fait non seulement un thème mais un véritable principe créatif, à la base de toute son œuvre.