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Le Centre Pompidou &... Zevs

Il s'est fait connaître dans les années 2000 avec ses « attaques visuelles » sur des logos publicitaires. La rue parisienne fut longtemps l'espace des possibles pour Zevs. Désormais installé à Berlin, cet artiste majeur de la culture graffiti raconte ses souvenirs liés au Centre Pompidou, et évoque quelques références fondatrices, de Raymond Depardon à Bruce Nauman en passant par le précurseur du street art Gérard Zlotykamien.

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C'est à coups de bombe (de peinture) qu'il s'est emparé de Paris. Dès la fin des années 1990, Zevs envisage la ville comme un immense atelier, transformant murs, mobilier urbain et panneaux publicitaires en œuvres visuelles nouvelles : ses « ombres électriques » (qui redessinaient au sol, avec une peinture phosporescente, lampadaires ou boîtes aux lettres), puis ses Visual Attacks (sorte de vandalisme contrôlé des affiches de pub), le feront remarquer. Son travail sur les signes publicitaires trouve son apogée avec sa série des Liquidated Logos, dans les années 2000. McDonald's, Coca-Cola, Nike, mais aussi la faucille et le marteau communistes : autant de logotypes symboliques qu'il s'attache à faire dégouliner. Car c'est par le graffiti que Zevs est venu à l'art contemporain. Son pseudonyme olympien, celui qui est né Aguirre Schwarz en 1977 le tire des quatres lettres de la rame de RER qui faillit l'écraser à 14 ans. Jeune graffeur, il y vit là un signe du destin. Comme frappé par la foudre, il signera ses premières œuvres urbaines d'un éclair. Désormais établi à Berlin après des années new-yorkaises, l'artiste y poursuit son désir de marier art conceptuel et graffiti. Il est à ce titre l'un des invités des rencontres « Mon Berlin », le 2 juin prochain. Rencontre.

« Mes parents étaient peintres, j’ai grandi dans un atelier d’artiste de la mairie de Paris dans le 20e arrondissement. Ils étaient férus d’art moderne alors, forcément, ils m’emmenaient au Centre Pompidou. Pour les copains du quartier, ce lieu ne signifiait pas forcément grand-chose, mais pour moi, il a énormément compté dès l’adolescence. À la fin des années 1990, quand j’ai commencé à m’approprier un peu la ville, le Centre Pompidou est devenu comme un repère. Enfant, pourtant, je rechignais un peu à y aller. Souvent, mes parents me laissaient devant les œuvres vidéo. Je me souviens parfaitement être resté des heures à regarder des films en boucle sur les six ou huit écrans Sony Trinitron, un must à l’époque… J’ai notamment un souvenir très vif des performances d’Yves Klein, les Anthropométries, dans lesquelles il utilise le corps de femmes comme pinceaux. Vers 12 ans, je m’étais recouvert d’une peinture bleue trouvée dans l’atelier de mon père, des pigments chimiques récupérés dans une usine de plastique… Mes parents m’ont emmené aux urgences, heureusement, ce n’était pas grave et nous avons bien ri ! Vers l’âge de 20 ans, j’ai vu au Centre Pompidou une exposition consacrée au vidéaste Bruce Nauman, et son travail sur l’aliénation notamment, m’a sacrément plu. J’essayais alors de faire comme lui, j’avais une petite caméra et je filmais tout le temps – des travaux que je n’ai pas sortis de mes tiroirs… Je garde aussi un excellent souvenir de la rétrospective Pierre Huyghe, en 2013, que j'ai visitée avec mon ami et collaborateur Toke Lykkeberg.

 

À la fin des années 1990, quand j’ai commencé à m’approprier un peu la ville, le Centre Pompidou est devenu comme un repère.

Zevs

 

J’ai toujours voulu être artiste, et je me suis décidé assez tôt. Mon père a d’abord essayé de m’en dissuader – il connaissait les difficultés à en vivre. Mais j’ai eu droit à mon petit espace pour m’exprimer : le balcon de notre appartement-atelier, au 16e étage. Je voulais déjà travailler à la bombe aérosol. C’est dans les années 1990 que j’ai réellement commencé à m’intéresser au graffiti, et c’est à la Bibliothèque publique d'information (Bpi) que j’ai découvert certains films qui m’ont fortement influencé. Il y avait toute une collection de cassettes VHS à disposition, et j’y ai vu le court métrage documentaire de Raymond Depardon sur New York (New York N. Y. , 1986). Un film puissant visuellement, avec un long travelling filmé à bord du métro, lors de son passage au-dessus de l’Hudson River… J’y ai découvert aussi un film qui suit l’artiste Gérard Zlotykamien, en train de peindre dans les rues à la bombe aérosol. C’est un ami d’Yves Klein, et l’un des précurseurs de ce type de pratique artistique.

Lorsque le Centre Pompidou était en travaux, à l’orée des années 2000, il y avait une gigantesque bâche publicitaire sur la façade, côté Piazza. J’ai eu envie d’intervenir dessus – mais je ne l’ai pas fait. Cela m’a néanmoins donné l’impulsion pour mes séries d'attaques visuelles, comme le « kidnapping visuel » que j'ai réalisé à Berlin sur le grand panneau publicitaire Lavazza En 2001, le Centre proposait une exposition sur « Hitchcock et l’art », et il y avait cette grande affiche sur la façade… Alors un soir, sans autorisation, j’ai fait couler de la peinture rouge sur le visage du maître du thriller. Je sais que cela a créé quelques remous dans l’institution, mais la décision a été prise de conserver l’œuvre telle quelle sur la façade. Je m’en suis réjoui. Et qui sait, peut-être même est-elle désormais dans les réserves ? » ◼