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Le Centre Pompidou &... Clément Cogitore

À 39 ans, Clément Cogitore est une figure incontournable de la création contemporaine. Lauréat du prix Marcel Duchamp en 2018, il est depuis exposé dans les plus prestigieuses institutions en France comme à l'international. Sa pratique, à la croisée de l'art contemporain et du cinéma, mêle films, vidéos, installations et photographies. Alors que Goutte d'or, son deuxième long métrage, est présenté en avant-première au Centre Pompidou, rencontre avec un artiste qui ne cesse de circuler entre art contemporain et cinéma.

± 8 min

Depuis la fin des années 2000, le travail de Clément Cogitore privilégie le médium du film, en se déplaçant entre images fixes et images en mouvement, entre format cinématographique et dispositifs d’installations. Cinéaste, vidéaste, il est aussi metteur en scène : en 2019, sa version des Indes galantes de Rameau, présentée à l'Opéra Bastille, avait dynamité les codes du genre. Habitué de la programmation du Centre Pompidou (où il décroche le prix Marcel Duchamp en 2018), Clément Cogitore présente le 10 octobre prochain, en avant-première, son dernier film Goutte d’or (dans le cadre de l’événement Le cinéma comme il va, en collaboration avec les Cahiers du cinéma).

 

Présenté lors du dernier festival de Cannes à la Semaine de la Critique, ce polar urbain suit Ramsès (Karim Leklou), un jeune escroc qui tient un cabinet de voyance dans le quartier de la Goutte d’or, à Paris. L’arrivée d’enfants venus des rues de Tanger, aussi dangereux qu’insaisissables, vient perturber l’équilibre de son commerce et de tout le quartier. Jusqu’au jour où Ramsès va avoir une réelle vision… Avant d'être internationalement reconnu, Cogitore a été étudiant précaire. Et « zonait » à Beaubourg pour y découvrir des œuvres… Il nous dévoile son rapport charnel avec le Musée national d'art moderne.

« Le Centre Pompidou est apparu sur ma carte alors que j’étais jeune et un peu paumé, au début des années 2000. Je venais de province (il est né à Colmar, ndlr). Je n’avais pas grand-chose à faire et bien peu d’argent en poche. La nuit, je squattais sur les canapés des copains, qui me mettaient dehors au petit matin. À force d’arpenter les rues parisiennes, j’ai trouvé refuge à Beaubourg, comme beaucoup. Le Centre s’est imposé dans ma vie comme une espèce de havre, un lieu de culture à l’abri du vent et du froid. J’ai passé un temps infini à la libraire, dont je me rappelle encore tous les rayons, et dans les salles d’expositions gratuites, en bas du Musée.

 

Le Centre s’est imposé dans ma vie comme une espèce de havre, un lieu de culture à l’abri du vent et du froid.

Clément Cogitore

 

 

Quelques années plus tard, j’y ai eu de très grandes expériences de spectateur… De vraies claques à vrai dire, qui ont joué un rôle déterminant dans ma vie d’artiste. Je me souviens de The Clock de Christian Marclay notamment, qui est pour moi l’œuvre vidéo la plus importante du début du millénaire. Avec une armée de monteurs, cet artiste a prélevé dans l’histoire du cinéma des séquences où l’heure figure sur des horloges, des montres, ou au fil des dialogues. Synchronisé avec l’heure réelle, l’ensemble forme une boucle qui dure vingt-quatre heures. C’est vertigineux, hypnotisant. À Beaubourg, qui a eu la bonne idée de le programmer, on y venait gratuitement… Et quand on voulait. On y croisait des sans domicile fixe, des étudiants, des fêtards déboussolés, des familles… Tous les codes muséaux étaient déréglés. J’ai vu dix-huit heures et je m’en souviendrai toute ma vie. Ensuite, il y a eu l’expo Jean-Luc Godard, bordélique et punk. Et celle de Pierre Huyghe, complexe, intelligente et généreuse, qui me permit de comprendre enfin son travail et de me réconcilier avec sa génération d’artistes.

 

Je me sens intimement lié à Beaubourg.

Clément Cogitore

 

 

Quand je fus sélectionné par le prix Ricard en 2016, ce fut un moment de grande joie et de fierté. Ensuite, il y eut le prix Marcel Duchamp en 2018, plus stressant, puisqu’il s’agissait d’une compétition où l’on doit imaginer une œuvre saisissante. Mais la visibilité fut sans précédent. Aujourd’hui, il y a les masterclasses, les interventions, les avant-premières, dont celle de Goutte d’or. Il s’agit d’un pur film de fiction, mais je suis ravi qu’il soit présenté ici, car je me sens intimement lié à Beaubourg. » ◼