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Tout sur Pedro Almodóvar

Mélodrames, thrillers empreints de films noirs, comédies : Pedro Almodóvar voyage au travers des genres cinématographiques, faisant dialoguer, parfois au sein d’une même œuvre, les citations et les histoires filmiques. Alors que le cinéaste espagnol vient d’achever son prochain long métrage, le Centre Pompidou lui consacre une exceptionnelle rétrospective intégrale, en sa présence et en celle de nombreux proches — dont l’une de ses actrices emblématiques, Rossy de Palma. Présentation.

± 4 min

À replonger aujourd’hui dans sa filmographie, il apparaît combien Almodóvar est l’un des grands cinéastes cinéphiles. Mélodrames, thrillers empreints de films noirs, comédies : il voyage au travers des genres cinématographiques, parfois au sein d’une même œuvre, faisant dialoguer citations et histoires filmiques. C’est avec cette pluralité qu’il bâtit la voix que nécessite chacun de ses projets, tous portés par le même formidable souffle romanesque. Tous portés, aussi, par le même génie de l’histoire, des revirements, des mises en abyme et des enchevêtrements temporels. Revoir aujourd’hui l’ensemble de ses films, c’est voyager à son tour : du Madrid alternatif et libéré de la Movida, où les films se construisaient avec l’aide des amis, aux œuvres récentes, plus introspectives, épurées. Voyager dans l’âme humaine, aussi : les pulsions, la noirceur, l’obsession, la folie tutoient l’humour, la truculence, la joie dans son cinéma audacieux, souvent ambivalent, doux et mélancolique. C’est que, dans le grand collectif de destins que le cinéaste a tissés ensemble, la vie mène sans cesse une danse avec la mort ; ses films, pluriels, s’articulent autour de cette rencontre.

 

Revoir aujourd’hui l’ensemble de ses films, c’est voyager à son tour : du Madrid alternatif et libéré de la Movida, où les films se construisaient avec l’aide des amis, aux œuvres récentes, plus introspectives, épurées.

 

À dérouler cette filmographie, où le cinéma et la fiction sont toujours considérés comme vitaux, on fait aussi l’épreuve de la fluidité grandissante à l’œuvre dans ce cinéma. Cette rétrospective a aussi cela à cœur : requestionner ces films à l’aune de l’ensemble qu’ils constituent, relire les débuts pimpants et provocateurs depuis les œuvres récentes, engagées en des terrains moins spectaculaires, pourtant toujours porteuses de rouges, de bleus, mais plus profonds ou, occasionnellement, plus cliniques. Il s’agit aussi d’interroger comment Pedro Almodóvar s’aventure parfois à la limite de la morale, en des zones tumultueuses, scandaleuses, afin d’y chercher la propre vérité de ses personnages. Et de réaliser, enfin, de quelle manière le cinéaste a par ailleurs amplement véhiculé des valeurs d’ouverture, composant avec de nombreux·ses protagonistes homosexuel·les et travesti·es — un geste rare dans le cinéma populaire international des années 1990.

Ces réflexions et bien d’autres, comme celle de l’usage de l’espagnol de la rue ou encore de l’élaboration de ses majestueux personnages féminins — autant d’écrins pour des actrices devenues les emblèmes de son cinéma, comme Penélope Cruz, Carmen Maura, Marisa Paredes, Rossy de Palma, Victoria Abril et bien d’autres — sont menées par de nombreux·ses invité·es. La rétrospective a le grand plaisir de recevoir Pedro Almodóvar en personne ainsi que certains proches de la fabrication des œuvres : son frère et producteur Agustín Almodóvar, son compositeur Alberto Iglesias, l’une de ses actrices emblématiques Rossy de Palma, la monteuse de ses derniers films Teresa Font. De nombreux critiques, réalisateurs et artistes, héritiers et héritières de cette éblouissante harmonie Almodóvar, sont également accueilli·es à cette occasion. Autant de regards nécessaires pour se saisir, humblement, de l’ample multiplicité du cinéaste. ◼