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Portrait de Lou Doillon par Zelie Noréda

Le Centre Pompidou &... Lou Doillon

Artiste, musicienne, voyageuse, Lou Doillon nous dévoile son Centre Pompidou et ses attrape-cœurs préférés. Bacon, Cy Twombly, et… Matisse, évidemment !

± 4 min

Lou Doillon est une fille à part. Benjamine d'une famille célèbre dans laquelle tout le monde est artiste, elle a touché à tout avant de trouver sa voie : cinéma, mode… et puis ce sera la musique. Depuis 2012 et son premier album Places (produit notamment par Étienne Daho), elle occupe une place à part dans le paysage. Voix folk rauque, textes ciselés et prestations scéniques enflammées, Lou s'est transcendée dans le rock. Sans jamais abandonner ses autres passions, l'écriture et surtout le dessin – elle a un bon coup de crayon, dont elle fait profiter ses admirateurs dans des vidéos Instagram inspirées (elle a aussi illustré la réédition de Just Kids de Patti Smith, chez Denoël). Empêchée de tourner par la crise sanitaire, elle s'est trouvé un exutoire dans la composition et vient de sortir, en indépendante, un tout dernier titre inédit, Look At Me Now. Rencontre avec une flâneuse.

« Le Centre Pompidou est un lieu très particulier pour moi, d’abord il y a cette lumière incroyable, et cette modernité folle, qui me plaît beaucoup. Le caractère scandaleux de l’édifice, au début mal accueilli, m’amuse, ce bâtiment est à la hauteur de la folie de l’entreprise. Je ne sais pas si ce serait possible aujourd’hui de construire un truc pareil ! Il me fait penser à un grand être humain, une créature avec l’intérieur de son corps visible, cœur, cerveau… C’est une énorme infrastructure qui possède son propre système de digestion, de sommeil… J’adore aussi l’idée que le lieu ressemble un peu à un aéroport, avec ses escalators, il y a un côté voyage immobile dans Paris.

 

C’est un paradoxe ce musée, il est construit à la place des anciennes Halles, le "ventre de Paris", et c’est  désormais "la nourriture de la tête" qu’on y trouve.

Lou Doillon

 

C’est un paradoxe ce musée, il est construit à la place des anciennes Halles, le "ventre de Paris", et c’est désormais "la nourriture de la tête" qu’on y trouve. Il donne de la hauteur au quartier, qui pour moi est un peu une sorte de triangle des Bermudes, je m’y perds toujours ! Il y des musées dans lesquels on se perd parfois, comme le Guggenheim par exemple, mais moi, en revanche, je ne me perds jamais à Pompidou, il y a une forme de fluidité dans la circulation, et les espaces permettent aux œuvres de vivre.

Mes premiers souvenirs du Centre Pompidou remontent à l’enfance. Je devais avoir 7 ou 8 ans quand je suis allée à une grande rétrospective Bacon avec ma mère, qui est une inconditionnelle. Il y avait des tableaux incroyables, mais surtout je me souviens d’une vidéo à la sortie de l’expo, dans laquelle Bacon racontait que son œuvre était le fruit de plein de choses, et qu’il avait notamment été inspiré par un livre acheté sur les quais de Seine consacré aux… maladies buccales ! Cela m’avait énormément amusée et marquée. J’avais beaucoup aimé sa malice ! Je me souviens aussi d’expositions comme celles sur Giacometti ou Cy Twombly, que j’avais adorées. Je vais souvent au Musée accompagnée, car j’aime traverser une expo avec quelqu’un. Pour Louise Bourgeois, il y a déjà quelques années, j’étais avec mon fils, alors encore petit, et je me souviens avoir été émue par son travail de sculpture, que je connaissais mal. Ce qui est drôle c’est que mon fils comprenait d’instinct beaucoup mieux les œuvres que moi !

Je garde aussi un souvenir précis de la fois où j’ai découvert, alors que j’avais 20 ans et que je suivais des cours aux beaux-arts, l’œuvre de Jana Sterbak, Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique. C’est la fameuse robe portée par Lady Gaga sur scène ! Je regrette beaucoup d’avoir raté l’exposition "Matisse, comme un roman", car c’est un artiste qui pour moi est très lié à mon père.

 

À la maison quand j’étais enfant, on faisait des jeux autour de son travail, des coloriages et des collages "à la manière de". Chez mon père encore aujourd’hui il y a plein de "faux Matisse" !

Lou Doillon

 

À la maison quand j’étais enfant, on faisait des jeux autour de son travail, des coloriages et des collages "à la manière de". Chez mon père encore aujourd’hui il y a plein de "faux Matisse" ! Petite, je ne comprenais pas comment Matisse arrivait à peindre en étant aussi loin de sa toile ! Il y a des photos où on le voit au lit, avec des pinceaux de 2,50 mètres de long, et je me suis toujours demandé comment on pouvait avoir un trait aussi léger et aérien avec un pinceau aussi long ! Chez Sennelier, ils m’ont raconté qu’ils lui faisaient des pinceaux délirants, sur-mesure. Cette liberté de l’artiste m’émeut. » ◼