Aller au contenu principal

Anémic Cinéma

1925

Marcel Duchamp

Dans les années 1920, les artistes dada et surréalistes s’insurgent contre le goût bourgeois qui domine dans l’art. À ce titre, ils s’intéressent au cinéma qui est un art encore jeune et moins conformiste. Marcel Duchamp fait partie de ces artistes : avec Anémic cinéma, court-métrage de 7 minutes tourné en 35mm, il expérimente le mouvement et les effets d’optique. Man Ray, qui a collaboré à sa réalisation avec Marc Allégret, raconte : « Je me suis rendu compte que la vitesse était un phénomène purement optique. Duchamp a disposé, sur une surface plane, des spirales mobiles de façon à ce que lorsqu'elles tournent, elles donnent une impression de profondeur. Des spirales planes devenaient des entonnoirs. »1 Ces « spirales planes » préfigurent les Rotoreliefs que Marcel Duchamp produira dix ans plus tard. Ces disques graphiques réalisés sur carton donnent l’illusion optique du relief ou de la profondeur lorsqu’ils sont mis en mouvement. Le film, lui, alterne dix séquences de disques graphiques et neuf séquences d’aphorismes, jeux de mots et contrepèteries chères à Duchamp. Cette alternance évoque un pastiche du cinéma muet où s’enchaînent images animées et cartons de textes. Le titre de l’œuvre, Anémic cinéma, ouvre le bal des jeux de mots et donne le ton à la fois joueur et étrange qui émane du film. D’autres calembours suivent, comme « Esquivons les ecchymoses des esquimaux aux mots exquis » ou encore « On demande des moustiques domestiques (demi-stock) pour la cure d’azote sur la Côte d’azur ». Le film est signé Rrose Sélavy, avatar féminin de Duchamp, fidèle à son goût pour le double et l’illusion.

 

1 cité sur le site https://www.centredufilmsurlart.com/films/anemic-cinema/


Pour aller plus loin

Vidéo

Anémic Cinéma, 1925-1926.

réalisé par Marcel Duchamp avec Man Ray et Marc Allégret

Durée : 8'44'', muet