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Feuille de vigne femelle

1950/1951

Marcel Duchamp

L’érotisme est un sujet qui m’est très cher dans la vie.1

En février 1951, Duchamp offre à Man Ray, son complice de longue date, alors en séjour à New York, une petite sculpture de plâtre galvanisé, qu’il intitule Feuille de vigne femelle. Le titre de cette œuvre se rattache aux jeux de mots érotiques, nombreux dans l’œuvre de Marcel Duchamp. Dans l’art occidental, la feuille de vigne est utilisée comme voile de pudeur. À partir du 16e siècle, de nombreuses œuvres des siècles précédents, jugées inconvenantes, se voient ainsi altérées pour masquer leur nudité. Cet iconique accessoire intime, devenu symbole de la censure, est ici détourné. Ce qui est habituellement caché est exhibé : Feuille de vigne femelle consiste en un moulage de sexe féminin. 

Pour autant, ce trait d’humour ne contrarie pas les réflexions plus profondes de Duchamp sur l’érotisme qui –tel un fluide, un gaz– se répand et se diffuse dans toute son œuvre. Il précise : « Je pensais que la seule excuse pour faire quoi que ce soit était de donner à ce que je faisais la vie de l’érotisme, qui est au plus près de la vie en général, davantage que la philosophie ou que tout ce qui y ressemble. De plus c’est une chose animale qui a de si nombreux aspects qu’il est, pour ainsi dire, aussi agréable de s’en servir que d’un tube de peinture, que vous injectez dans vos productions. » 
La Feuille de vigne femelle se rattache à un ensemble d’objets érotiques que Marcel Duchamp produit dans le contexte de sa relation passionnée avec la sculptrice brésilienne Maria Martins. C’est aussi son corps qui se retrouve au cœur de l’exposition surréaliste de 1947 à la Galerie Maeght à Paris. En effet, la couverture du catalogue est occupée par un relief conçu à partir du moulage de l’un des seins de Martins. Duchamp produit d’autres sculptures érotiques évoquant certaines parties intimes du corps humain : Not a Shoe, Objet-Dard et Coin de chasteté. Après leur séparation, les deux artistes continuent à s’écrire. Dans ses lettres, Duchamp évoque leur œuvre « commune », Étant donnés, réalisée à partir du moulage du corps de Maria. 

 

1  Extrait d'un entretien avec Richard Hamilton pour la BBC, 1959