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La Boite en valise

1936-1941

Marcel Duchamp

Tout ce que j’ai fait d’important pourrait tenir dans une petite valise.1

Après la Boîte de 1914 et celle de 1932 (contenant les manuscrits sur le traité d’échecs conçu avec Vitaly Halberstadt), Duchamp se lance dans la réalisation de la Boîte verte (1934), qui contient des facsimilés de toutes ses notes sur le Grand Verre. Fort de cette expérience, il va ensuite concevoir La Boîte-en-valise : une rétrospective rassemblant reproductions et maquettes réduites d’une grande sélection de ses œuvres.
En 1935, alors qu’aucune exposition monographique ne lui a encore été consacrée, Marcel Duchamp se lance dans cette entreprise inédite. Il imagine une boîte réunissant toutes ses créations, se déployant comme un musée miniature, fidèle à son esprit d’ironie et de détournement. Ce dispositif original lui permet de se faire à la fois artiste, conservateur et diffuseur de son travail, échappant ainsi aux circuits du marché de l’art, auquel il ne veut pas associer ses œuvres, et à ceux du monde des musées qu’il questionne.
Une première série de luxe voit le jour en 1941, composée de 20 exemplaires, le premier d’entre eux étant acquis par la collectionneuse Peggy Guggenheim. Elle est suivie de six autres séries de 30 à 75 exemplaires chacune. L’exemplaire de la série C du Centre Pompidou contient 69 pièces : photographies, fac-similés, documents et miniatures. Il a été assemblé en 1958 par Iliazd, un ami poète proche des réseaux dadaïstes et surréalistes. Au-delà de l’assemblage réalisé par des tiers, Duchamp fait également appel à des ateliers de gravure et de céramique pour la fabrication des reproductions. Il réinvente ainsi la notion d’œuvre, oscillant entre création, reproduction et artisanat.
L’historien Paul B. Franklin rapporte le soin apporté par Duchamp à la fabrication de ses reproductions : elles sont réalisées grâce au collotype, procédé photomécanique du 19ᵉ siècle, et au coloriage au pochoir employé par des artisans pour reproduire fidèlement les teintes de ses peintures. Avec ce travail manuel minutieux, Duchamp brouille la frontière entre copie mécanique et œuvre d’art. Certaines reproductions de tableaux sont même vernies et encadrées, renforçant cette ambiguïté avec la peinture traditionnelle.
En transformant la reproduction en création, Duchamp propose un musée portatif où l’art et sa mise en scène se confondent : « c’est le musée qui fait l’art, et l’art qui fait le musée ».

 


 Life. Volume XXXII, n°17, 28 avril 1952, p.102 


Pour aller plus loin

Le Musée national d’art moderne possède 3 exemplaires de Boîte en Valise