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Neuf Moules Mâlic

[1914-1915]

Marcel Duchamp

 Au lieu d'être considéré comme peintre, j'aurais aimé être considéré comme fenêtrier.1

Neuf Moules Mâlic est une étude préparatoire au Grand Verre  ou La Mariée mise à nu par ses célibataires, même (1915-1923), vaste allégorie amoureuse où la mariée et les célibataires sont à la fois liés et empêchés par un mécanisme érotique. 
Duchamp y étudie ce qu’il conçoit comme le moteur de sa « Grande Machine », une véritable mécanique du désir. Les « Célibataires » deviennent des « Moules mâlic », expression fusionnant les mots « mâle » et « phallique ». Ces matrices d’Éros produisent un « gaz » –recueilli par des tubes capillaires– destiné à la « Mariée » et supposé provoquer son épanouissement. Ces silhouettes, appelées à figurer dans la partie inférieure du Grand verre, sont tirées d’un catalogue de patrons de couture. Elles endossent différents uniformes : « Cuirassier, Gendarme, Larbin, Livreur, Chasseur, Prêtre, Croque-mort, Policier, Chef de gare ». Duchamp y voit avec ironie « ce qui caractérise le mieux l’idée de célibataire » (Cité par Bernard Marcadé, Marcel Duchamp, Ed. Flammarion, 2007 p. 98.)
En 1916, lors d’un voyage vers New York, la plaque de verre qui le constitue se fend malencontreusement. Les fissures, épousant le tracé des fils de plomb, deviennent éléments de la composition. L’artiste choisit de conserver cet « accident », protégé entre deux nouvelles plaques de verre.

Paresse ou geste créateur ? Duchamp, une fois encore, brouille les frontières entre hasard et intention, art et industrie. 

 

 

1 Cité par Arturo Schwarz, dans Schwarz, The Complete works of Marcel Duchamp, p.205.