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Eileen Gray, Villa E 1027, vue

Focus sur... la « Chaise » d'Eileen Gray

Créée dans les années 1920 pour une villa dans le sud de la France, cette « Chaise » résume en une ligne tubulaire tout le génie de la designeuse Eileen Gray. En 2013, le Centre Pompidou consacrait une rétrospective inédite à cette créatrice à l’avant-garde des arts décoratifs, qui pratiquait le dessin, la peinture, la laque, la décoration intérieure, l’architecture, aussi bien que la photographie.

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Cette chaise ne porte pas de nom. Tout au plus, la qualifie-t-on parfois de « chaise de salle à manger ». Le plus évident serait qu’elle porte la référence E 1027 du nom de la villa qu’Eileen Gray signe avec l’architecte Jean Badovici, à Roquebrune-Cap-Martin. C’est dans le studio-boudoir de cet intérieur qu’on la découvre pour la première fois, sur des photographies datant de 1929. Elle appartient à l’ensemble de meubles créé pour la villa, et qui présente, par l’usage du tube métallique, une unité d’écriture. À côté du fauteuil Bibendum dont le piétement est réalisé en gros tube (1928) et du fauteuil Transat entièrement en bois (1925), cette chaise possède une structure en tubulure d’acier. C’est le cas également du fauteuil « non conformiste » ou « asymétrique », de la table de la salle à manger à plateau de liège, de la table ajustable, de la table roulante ou de la table élément.

 

Concevez toujours une chose en la considérant dans un contexte plus large : une chaise dans une pièce, une pièce dans une maison, une maison dans un quartier, un quartier dans une ville.

Eliel Saarinen

 

Ces trois dernières pièces de la designeuse sont également conservées dans les collections du Centre Pompidou et, avec cette chaise, forment un ensemble de meubles. Eileen Gray donne à cette chaise au gabarit réduit légèreté et élégance. De profil, à la courbe du piétement arrière répond celle du dossier. De face, à la barre haute du dossier répond celle qui, au sol, lie les deux pieds arrière. Si l’assise est constituée d’une galette épaisse, le dossier est un cadre vide fait de deux barreaux très fins.

Deux subtilités sont à relever dans le dessin : la première joue des plans sur le côté de la chaise, au plan qui associe les deux pieds avant et arrière se superpose celui qui relie par une traverse latérale le dossier à l’avant de la chaise ; la seconde provient de deux légères incurvations des montants verticaux du dossier, permettant tout à la fois de le redresser et de réduire sa largeur au sommet.

 

Dans un dessin d’étude publié en 1929, on constate combien Gray cherche à inscrire la chaise dans un cadre régulier et à jouer d’équidistances : il ne s’agit pas de fournir des indications de réalisation mais de proposer l’ébauche d’un tracé régulateur. L’exemplaire que conserve le Centre Pompidou laisse apparaître une structure en tube nickelé qui correspond à l’état d’origine d’E 1027. Ici, le rembourrage de l’assise est gainé de cuir marron, cousu en cinq bandes.

 

Eileen Gray, qui compte parmi les protagonistes les plus engagés du mouvement moderne dans un pur travail de recherche, dote ses meubles d’éléments mobiles ou de mécanismes assurant leur transformation en fonction des usages. Elle se confronte au programme de la chaise – archétype absolu d’une simplicité prosaïque et d’une complexité extrême – en s’emparant avec subtilité d’un matériau moderne, le tube d’acier, et en se démarquant des modèles d’alors, notamment issus du Bauhaus, par la légèreté de son dessin. ◼

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