BUREAU DES ARCHIVES POPULAIRES DU CENTRE POMPIDOU

Pendant l’année 2017, année du 40e anniversaire de l’ouverture du Centre Pompidou, l’historien Philippe Artières, invité du service de la parole, a recueilli auprès des visiteurs et usagers, souvenirs et documents qui forment aujourd’hui les Archives populaires du Centre Pompidou.

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LA COLLECTE ET L'INVENTAIRE

« Au Bureau des archives populaires, peu de déposants de souvenirs arrivent armés de méthodologie. Cette spontanéité, parfois, me déconcerte. J’imaginais au départ voir venir des visiteurs du Centre avec leur petit dossier, un dossier qu’ils n’auraient eu qu’à sortir de leur armoire et qui jouxterait celui de leur habitation ou de leur santé… Mais en réalité, ces archives "personnelles" sont éclatées aux quatre coins de leurs vies. Un homme me raconte qu’il a divorcé suite au refus de son épouse de vouloir vivre en face du Centre ; une femme me rapporte qu’elle est née dans l’immeuble d’en face, là où son grand-père réfugié espagnol s’était installé en 1939 ; une jeune étudiante m’apporte une liste infinie de ses "émotions" pompidoliennes : rires, larmes, angoisses… À ce stade, me voilà remis en cause : moi qui pensais mettre en boîte la mémoire de quarante ans du Centre, je me retrouve au milieu d’un vaste réseau de mémoires mêlées. Ce qui domine, c’est que ce "lieu autre", pour reprendre le terme de Foucault, a produit une "archive populaire" au sens où elle échappe totalement aux catégories. » P.A

LA RESTITUTION

«  Entretiens filmés, enregistrements sonores, courriers électroniques et documents divers  furent rassemblés et sont aujourd’hui partiellement restitués. Depuis le début un glissement sémantique intéressant mais imperceptible s’est opéré qui n’est pas sans me poser de nombreuses questions : des archives aux souvenirs. Que signifie ce glissement vers le souvenir ? Et surtout archive-t-on des souvenirs ? Et comment ? Je suis frappé aussi par la formidable envie de "raconter le Centre". Les usagers du Bureau des archives n’ont pas un profil particulier : ils semblent être entrés un temps par la Bibliothèque, ou par le Musée, une autre fois par une exposition temporaire ou un débat. Nombreux disent que "Beaubourg" est un autre chez soi. Cette proximité en fait encore pour beaucoup un lieu dont ils repartent toujours avec un morceau – comme de ces lieux dont on rapporte un caillou. Ces archives sensibles dessinent un portrait en creux du Centre Pompidou. » P.A