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Air de Paris

1919/1964

Marcel Duchamp

J'aime mieux vivre, respirer, que travailler.1

À la fin de l’année 1919, Marcel Duchamp est en France et se prépare à regagner New York. Il souhaite offrir un souvenir de Paris à son mécène américain, Walter Arensberg, grand collectionneur d’art moderne français, qui l’a logé quelque temps à son arrivée aux États-Unis en 1915. Pour réaliser Air de Paris, l’artiste se rend dans une pharmacie de la rue Blomet, dans le 15e arrondissement parisien, et obtient qu’une ampoule ronde en verre contenant du sérum physiologique soit vidée puis resoudée. Le flacon avec une étiquette « sérum physiologique » contient un volume d’air de 125 cm3. Offrir de l’air à un homme dont la fortune lui permet de tout acquérir est un trait d’esprit emblématique de la pensée de Duchamp. 

En 1949, l’artiste apprend qu’Arensberg a accidentellement brisé l’œuvre (conservée au Philadelphia Museum of Art, elle a depuis été restaurée). Pour la remplacer, il demande à son ami Henri-Pierre Roché de se rendre à la pharmacie de la rue Blomet pour faire réaliser la même opération que trente ans auparavant. D’autres répliques d’Air de Paris seront réalisées par la suite,

  • pour figurer dans La Boîte-en-valise, le musée portatif que Duchamp conçoit à partir de 1936 ;
  • en 1963 par Ulf Linde pour une exposition à la galerie Burén de Stockholm ;
  • puis en 1964 par la galerie Arturo Schwarz de Milan, dont le Musée national d’art moderne conserve un des huit exemplaires.

Ces répliques ne contiennent manifestement pas d’air de Paris, mais la contradiction était l’une des passions de Duchamp. Les formes arrondies, la transparence et la légèreté d’Air de Paris en font un objet précieux et attirant, qui connaîtra une postérité majeure. L’œuvre fait partie des « readymades aidés », sur lesquels l’artiste intervient légèrement. Elle joue avec l’immatériel, le vide et l’inframince, un terme duchampien désignant l’imperceptible.

 

 

1 Entretien entre Marcel Duchamp et Pierre Cabanne (1966), cité in Opus International, n°49 : dossier « Duchamp et après », mars 1974, p. 18