Aller au contenu principal

Alexia Fabre : « Au Centre Pompidou Francilien, les publics découvriront la vie secrète des œuvres. »

En mars 2027, le Centre Pompidou Francilien — fabrique de l’art ouvrira ses portes à Massy, dans l’Essonne. À la fois pôle de conservation et destination culturelle, ce nouveau lieu exceptionnel accueillera les cent cinquante mille œuvres de la collection du Centre Pompidou. En avant-première cet automne, les trois week-ends de l’événement « Prélude ! » offrent une découverte de ce lieu hybride. Rencontre avec sa nouvelle directrice, Alexia Fabre.

± 7 min

Les pieds dans la poussière, casque jaune sur la tête, Alexia Fabre s’enthousiasme : « Et ici, ce sera notre futur espace d’exposition ; c’est magnifique, non ? » Nous sommes en juin, sur le chantier du futur Centre Pompidou Francilien, à Massy, à une quinzaine de kilomètres au sud de la capitale. Autour de nous, des dizaines d’ouvriers et de techniciens s’affairent. C’est là, au cœur du département de l’Essonne, qu’a jailli depuis quelques mois un étonnant bâtiment de béton et de bois.

 

Dessiné par l’architecte Philippe Chiambaretta et son agence PCA-Stream, le Centre Pompidou Francilien a été conçu en écho au bâtiment historique. Ainsi, sur sa façade, un escalier de bois zigzague, reprenant le dessin de l’emblématique « chenille » — l’escalator reliant les étages de Beaubourg. Et comme le Centre Pompidou s’ouvre à la ville par sa célèbre Piazza, le Centre Pompidou Francilien se déploie en direction du bucolique parc de la Blanchette et de son lac.

 

Hybride, le Centre Pompidou Francilien est à la fois un pôle de conservation des œuvres du Musée national d’art moderne et un lieu de vie culturel, proposant une programmation riche et accessible, mêlant expositions, ateliers, résidences et projets participatifs.

 

À seulement trente minutes de Paris avec la future ligne 18, ce nouveau lieu conçu en partenariat avec le ministère de la Culture, la région Île-de-France, le département de l’Essonne, la communauté d’agglomération Paris-Saclay et la ville de Massy, affirme son ancrage dans son territoire. Hybride, il est à la fois un pôle de conservation des œuvres du Musée national d’art moderne et un lieu de vie culturel, proposant une programmation riche et accessible, mêlant expositions, ateliers, résidences et projets participatifs.

 

Dès mars 2027, le Centre Pompidou Francilien offrira la possibilité de vivre l’art au quotidien. En attendant, les équipes préparent pour cet automne trois week-ends de fête avec « Prélude ! ». Rencontre avec une nouvelle directrice, passée par le MAC/VAL (1998-2022), qui a à cœur d’offrir un art ouvert sur le monde et ancré dans les territoires.

Comment le projet du Centre Pompidou Francilien s’ancre-t-il à Massy ?

Alexia Fabre — Massy est au cœur d’un territoire d’une grande richesse, et la culture y est très importante. C’est à Massy qu’on trouve le seul opéra d’Île-de-France hors de Paris, mais il y a aussi un conservatoire, plusieurs extraordinaires médiathèques. C’est aussi une ville très sportive, avec de nombreux clubs, et notamment un club de rugby exceptionnel qui forme des jeunes pousses de la discipline. Le département de l’Essonne est aussi très riche sur le plan culturel, avec une scène nationale à Évry-Courcouronnes, plusieurs centres d’art et conservatoires, mais aussi des parcs comme le Domaine de Chamarande, par exemple.

 

C’est une grande chance pour le territoire de voir apparaître ce musée d’un nouveau type. Et c’est aussi une chance pour le Centre Pompidou d’aller à la rencontre de ces nouveaux publics.

Alexia Fabre, directrice du Centre Pompidou Francilien

 

Nous sommes par ailleurs près du plateau de Saclay et de son pôle d’excellence, qui concentre l’université Paris-Saclay, de grandes écoles telles Agro-Supélec, Normale-Sup, Polytechnique, HEC… Soit près de quarante mille étudiant·es et huit mille enseignant·es-chercheur·cheuses. L’occasion pour nous de développer des partenariats et de faire des ponts entre les scientifiques du Centre Pompidou Francilien et celles et ceux de Saclay, entre les artistes et les chercheurs. Plus largement, nous travaillerons avec tout le territoire d’Île-de-France, en réseau avec les écoles, collèges et lycées. C’est une grande chance pour le territoire de voir apparaître ce musée d’un nouveau type. Et c’est aussi une chance pour le Centre Pompidou d’aller à la rencontre de ces nouveaux publics.

 

Le bâtiment est conçu comme un hommage au Centre Pompidou parisien, dans le quartier Beaubourg…

Alexia Fabre — En façade ouest, l’architecte Philippe Chiambaretta et son agence PCA-Stream ont dessiné un escalier en bois qui reprend le zigzag de l’emblématique « chenille », l’escalator de Beaubourg. Le bâtiment est en forme de parallélépipède rectangle, comme l’original — quoique un peu plus petit avec trente mille mètres carrés.

 

En façade ouest, les architectes ont dessiné un escalier en bois qui reprend le zigzag de l’emblématique « chenille », l’escalator de Beaubourg.

Alexia Fabre, directrice du Centre Pompidou Francilien

 

Ce qui est très beau, c’est cette structure de bois alliée à ces murs de béton sablé, qui évoquent le dessin des strates géologiques du sous-sol francilien. La façade s’oriente vers le parc de la Blanchette, prisé des Massicois et des Massicoises, avec de longues coursives qui viennent rythmer le bâtiment. Tout en haut, on trouve une terrasse de mille cinq cents mètres carrés ouverte au public : le Belvédère. Et comme à Beaubourg, il sera possible d’accéder à cette superbe vue sur les environs en accès libre.

L’innovation de ce nouveau Centre Pompidou, c’est qu’il rassemble à la fois des espaces d’expositions et des réserves pour la collection du Musée national d’art moderne…

Alexia Fabre — La fonctionnalité première du bâtiment est en effet de conserver et protéger les quelque cent cinquante mille œuvres de la collection du Musée national d’art moderne dans des conditions optimales. À l’heure actuelle, la collection, un patrimoine public et national, est conservée dans différents lieux. Le déménagement s’annonce minutieux et titanesque : il prendra deux ans et mobilisera pas moins de six cent quarante-cinq semi-remorques ! Ici, la collection sera rassemblée en un seul et unique lieu. Les œuvres seront rangées en fonction de leurs dimensions, mais aussi de leur nature. On trouvera donc logiquement les œuvres de grand format, les plus lourdes, au rez-de-chaussée, les œuvres de moyen format au milieu, et les œuvres les plus légères, comme celles du Cabinet d’art graphique, au second étage.

 

La fonctionnalité première du bâtiment est en effet de conserver et protéger les quelque cent cinquante mille œuvres de la collection du Musée national d’art moderne dans des conditions optimales.

Alexia Fabre, directrice du Centre Pompidou Francilien

 

Ce qui est tout à fait inédit, c’est qu’autour de ces œuvres seront rassemblés différents métiers du musée, et qu’on pourra en comprendre les coulisses : conservation, restauration, encadrement, emballage, régie, etc. Sur le plateau d’expositions, à travers des ateliers de médiation et des rencontres, toutes ces expertises seront partagées avec les publics. On pourra ainsi avoir un aperçu de la vie secrète des œuvres de la collection et, je l’espère, susciter de nouvelles vocations !

Et les espaces d’exposition ?

Alexia Fabre — Trois mille mètres carrés du bâtiment sont destinés à accueillir les publics. L’espace d’exposition principal est un plateau de près de mille cinq cent mètres carrés, en lien avec l’extérieur, les arbres et les frondaisons toutes proches. J’aime beaucoup cette idée que la collection ne soit pas dans un espace complètement clos, mais qu’elle soit en relation avec le monde, le temps qu’il fait, le territoire dans lequel s’inscrit le Centre Pompidou Francilien.

L’exposition inaugurale de mars 2027 sera intitulée « 150 000 ! », soit le nombre d’œuvres de la collection. L’objectif ? Partager avec le public l’expérience d’une grande collection, ainsi que l’esprit des lieux. Raconter comment cette collection — la deuxième au monde pour l’art moderne et contemporain — s’est constituée, envisager les œuvres non seulement à travers leur place dans l’histoire de l’art mais aussi dans leur matérialité, leur histoire, voire leur fragilité, découvrir au fil de la visite les missions qui sont celles du musée.

 

L’exposition inaugurale de mars 2027 sera intitulée « 150 000 ! », soit le nombre d’œuvres de la collection. L’objectif ? Partager avec le public l’expérience d’une grande collection, ainsi que l’esprit des lieux.

Alexia Fabre, directrice du Centre Pompidou Francilien

C’est notre réponse à une attente contemporaine : celle d’un rapport plus authentique aux œuvres. Nous imaginerons des rencontres à plusieurs voix, avec un conservateur ou une conservatrice, un restaurateur ou une restauratrice… L’idée est d’être dans un rapport plus horizontal, et de raconter la polyphonie qui se joue dans les coulisses du plus grand musée d’Europe pour l’art moderne et contemporain.

 

Parlez-nous de « la fenêtre », cette ouverture dans l’un des murs du hall d’accueil, qui permettra d’avoir un aperçu des réserves…

Alexia Fabre — C’est une très belle idée. Depuis l’entrée, à gauche de l’accueil, il y a une grande fenêtre qui permet de voir ce qui se passe dans les réserves « grands formats » du rez-de-chaussée. Les publics auront ainsi une vision directe dans les réserves, et pourront apercevoir les mouvements d’œuvres, les équipes au travail, etc.

Le nouveau Centre Pompidou Francilien organise une découverte de ses espaces lors de trois week-ends exceptionnels en octobre prochain. Que vont y trouver les publics ?

Alexia Fabre — Nous avons baptisé l’événement « Prélude ! », car c’est une avant-première. En effet, le Centre Pompidou Francilien n’ouvrira définitivement ses portes qu’en mars 2027. C’est une rencontre joyeuse, à vide, car les œuvres de la collection n’auront pas encore emménagé. Le bâtiment sera brut, mais on va le révéler par des œuvres immatérielles de la collection du Centre Pompidou, notamment des vidéos d’artistes comme Christian Boltanski, Clément Cogitore, Douglas Gordon, Rose Lowder… On pourra aussi apercevoir par la fameuse fenêtre des sculptures de Jean Dubuffet, Marcel Duchamp, Joan Miró et Germaine Richier. Et découvrir aussi la centrale de traitement d’air qui est absolument extraordinaire, une véritable forêt de tuyaux… Ça tombe bien, on est au Centre Pompidou !

 

Le Centre Pompidou Francilien, c’est le lieu des œuvres, et c’est la fabrique de l’art. 

Alexia Fabre, directrice du Centre Pompidou Francilien

 

Chaque week-end aura une tonalité différente. Le premier sera consacré à l’architecture — pendant les Journées nationales de l’architecture — où l’on donnera à voir l’histoire du Centre Pompidou avec un film sur Renzo Piano. Philippe Chiambaretta viendra aussi parler de son travail. Le deuxième week-end s’intéressera à la nature et à l’environnement, en partenariat avec l’Office français de la biodiversité. Et le troisième sera consacré au collectif en hommage à la ville de Massy. Une programmation vivante, proposée par les équipes du Centre Pompidou, étoffera l’ensemble avec des performances, des talks, de la musique… Ce sera, je l’espère, une vraie expérience artistique. Parce que le Centre Pompidou Francilien, c’est le lieu des œuvres, et c’est la fabrique de l’art. ◼