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Focus sur... « Altered States » de Louise Bourgeois

Réalisé à l’encre rouge en 1992, Altered States est le théâtre d’une lutte intime où se mêlent corps, maternité, violence et mémoire. Si le dessin est la première approche créatrice de Louise Bourgeois, le lieu d’où surgissent ses sculptures, il devient aussi, dans les dernières décennies de sa vie, un « journal » où coucher ses pensées. Alors qu'une exposition* d'ampleur consacrée à l'œuvre graphique de l'artiste et réunissant les collections du Centre Pompidou et de la Bibliothèque nationale de France (BnF) ouvre à la rentrée, retour sur l'une des œuvres majeures du Cabinet d'art graphique.

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Ce grand dessin, réalisé en 1992 à 90 ans passés, est sans aucun doute l’un des derniers chefs-d’œuvre de Louise Bourgeois. Tracé à l’encre rouge et à la teinture pour tissu, rappelant son enfance dans l’atelier de restauration de tapisseries de ses parents, elle y peint le rouge de la chair, du sang, de l’étreinte et de la maternité. 

 

« Pour moi, le dessin est une sorte de journal. Je ne pourrais m’empêcher de les faire, car ils sont un moyen d’exorciser ou d’analyser les peurs de chaque jour. Les thèmes sont récurrents, précis, aigus, ils sont auto-accusateurs et immédiatement regrettés. Cependant, je les laisse faire, car la vérité est mieux que rien », dit-elle en 1988.

 

Pour moi, le dessin est une sorte de journal. Je ne pourrais m’empêcher de les faire, car ils sont un moyen d’exorciser ou d’analyser les peurs de chaque jour. 

Louise Bourgeois

 

La première apparition du motif de « l’arc hystérique » a lieu en 1992, avec la monumentale et impressionnante cellule qu’elle réalise pour la Biennale de Venise, Cell (Arch of Hysteria), où la réplique du corps d’un homme nu (celui de son assistant, Jerry Gorovoy) est tendue sur un matelas. Cette même forme se retrouvera dans une sculpture en bronze doré, Arch of Hysteria (1993), puis dans de petites figurines en tissu (2000-2004), ainsi que dans de nombreux dessins schématiques.

 

L’image renvoie ici à un fantasme très personnel, lié à la maternité. L’arc hystérique de l’enfant — Louise Bourgeois affirme qu’il s’agit d’un enfant en colère — répond à celui de la mère, dans une sorte de dédoublement d’une seule et même figure rouge : l’enfant est arc-bouté entre les jambes de sa mère, tandis que celle-ci se tord en arrière, propulsant ses cheveux en un même arc puissant.

 

 

Il est tentant de voir dans la forme de l’arc un substitut phallique : cette vision de la sexualité se retrouve dans une gravure de la même époque, qui montre une posture identique face à un corps pourvu d’attributs masculins et féminins. Une telle interprétation est plausible lorsque l’on sait combien l’ambivalence entre le féminin et le masculin sous-tend toute l’œuvre de Louise Bourgeois.

 

Le thème de la bonne mère ou de la mauvaise mère est récurrent dans l’œuvre de l'artiste.

 

L’un des intérêts de ce dessin tient encore aux nombreuses inscriptions de la main de l’artiste qui y figurent à gauche, à la verticale. Ces notes intimes et poétiques ont trait à la maternité — « I have a mother or I am a mother » ; « Si je ne suis pas une bonne mère, je ne mérite pas ce titre » — ou au symbolisme des couleurs — « Red is active and blue is passive, which one are you today Louise? — I am red or I am blue. » Le thème de la bonne mère ou de la mauvaise mère est en effet récurrent dans l’œuvre, tout comme les connotations associées aux couleurs : si le bleu exprime la paix, le calme, la passivité, le rouge dit la passion, la violence, l’action et la pulsion sexuelle.◼

*« Louise Bourgeois, extrême tension. Dessins et gravures »
Du 20 octobre 2026 au 21 février 2027 
Bibliothèque nationale de France (BnF)