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Focus sur... « Composition » de Natalia Gontcharova

Figure majeure de l’avant-garde russe, Natalia Gontcharova n’a cessé d’expérimenter et de bousculer les formes. À l’occasion de l’exposition « Cezanne et nous » au Grand Palais, focus sur Composition (1913-1914), une toile majeure de la collection du Centre Pompidou, où cylindres, pyramides et parallélépipèdes portent notamment la trace de sa rencontre avec l’œuvre de Paul Cezanne.

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Pyramides, cylindres, parallélépipèdes : dans Composition, les formes géométriques s’empilent dans un équilibre improbable. Un immense cylindre bleu traverse la toile, tandis qu’à l’arrière-plan quelques lignes parallèles dessinent un escalier. Au-dessus de ce paysage nocturne flotte un astre jaune orangé.

 

Peint en 1913-1914, le tableau n’est pas sans rappeler certaines toiles de Cezanne. Quelques années plus tôt, en 1906, Natalia Gontcharova découvre son œuvre, ainsi que celle de Paul Gauguin, et se trouve marquée par les peintres fauves. Elle a 25 ans et cherche encore sa voie. Chez Cezanne, la nature se construit par la couleur, les masses et les volumes. Cylindres, sphères, cônes : les formes élémentaires sont là. Gontcharova les fera bientôt basculer dans un tout autre univers.

 

Peint en 1913-1914, le tableau n’est pas sans rappeler certaines toiles de Cezanne. Quelques années plus tôt, en 1906, Natalia Gontcharova découvre son œuvre, ainsi que celle de Paul Gauguin, et se trouve marquée par les peintres fauves.

 

Natalia Gontcharova ne s’attache pourtant longtemps à aucun langage. Sa peinture se nourrit de Cezanne, de Gauguin et du cubisme, mais aussi des icônes, des images populaires russes et des enseignes peintes. Elle simplifie les figures, accentue les contours, fait éclater les couleurs et fragmente peu à peu l’espace. Au début des années 1910, elle se rapproche également du futurisme, ce mouvement né en Italie qui cherche à traduire dans l’art l’énergie du monde moderne, le mouvement et la vitesse. Plutôt que d’adopter successivement ces différents langages, Gontcharova les mêle et les transforme. Dans Composition, le sujet est encore là — un escalier, un astre, un paysage — mais il s’efface presque entièrement derrière les volumes, les lignes et les plans colorés.

Née en 1881 près de Toula, en Russie, Natalia Gontcharova se destine d’abord à la sculpture. À 17 ans, elle entre à l’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou, où elle rencontre Mikhaïl Larionov, qui partagera sa vie et ses recherches artistiques. Tous deux se retrouvent bientôt au cœur de l’avant-garde moscovite. En 1910, Gontcharova participe à la fondation du Valet de carreau, groupe qui se réclame notamment de Cezanne, avant de s’en éloigner : elle reproche à ses membres de rester trop soumis à la peinture française. Deux ans plus tard, avec Larionov, elle fonde la Queue de l’âne, qui revendique notamment les sources populaires russes et orientales. Expositions, manifestes, nouveaux groupes : Gontcharova est alors au premier plan de l’avant-garde russe. En 1913, elle n’a que 32 ans lorsqu’une vaste rétrospective organisée à Moscou réunit plusieurs centaines de ses œuvres.

Sa réputation dépasse bientôt les frontières russes.

 

 

En 1914, Serge Diaghilev lui confie les décors et les costumes du Coq d’or pour les Ballets russes. Le spectacle, créé à Paris, connaît un grand succès. Gontcharova poursuivra sa collaboration avec Diaghilev jusqu’à la mort de celui-ci, en 1929. La scène devient ainsi un autre terrain pour ses recherches sur les formes, les couleurs et l’espace. À regarder Composition, le rapprochement s’impose : l’escalier, les volumes qui semblent basculer les uns sur les autres et l’astre lumineux évoquent déjà les éléments d’un décor.

 

Le Centre Pompidou conserve aujourd’hui un ensemble exceptionnel d’œuvres de Gontcharova et Larionov, constitué au fil de plusieurs décennies et considérablement enrichi en 1988 par une donation de l’État soviétique.

 

Le Centre Pompidou conserve aujourd’hui un ensemble exceptionnel d’œuvres de Gontcharova et Larionov, constitué au fil de plusieurs décennies et considérablement enrichi en 1988 par une donation de l’État soviétique. Cinquante-six œuvres de Gontcharova entrent alors dans les collections, parmi lesquelles Composition. À cet ensemble s’ajoute un important fonds d’archives conservé à la Bibliothèque Kandinsky. Peintures, dessins, projets pour la scène : de ses années russes à son travail pour les Ballets russes, les collections permettent de prendre la mesure d’une œuvre foisonnante. Une liberté qui continue de faire de Gontcharova une figure essentielle de l’art moderne. ◼