
Focus sur... la « Chaise Traîneau » de Michel Cadestin
Inauguré en 1977, le « Centre Georges Pompidou » (le tout premier nom de l'institution) surgit comme un manifeste : façade technique exposée, plateaux libres, circulation apparente. À l’intérieur, tout reste à inventer — jusqu’au mobilier. En 1976, le designer français Michel Cadestin, en étroite collaboration avec Renzo Piano et Richard Rogers, conçoit un ensemble capable d’accompagner cette architecture radicale.
Parmi les pièces du programme dit « Treillis », édité par TEDA et fabriqué par Georges Laurent, la chaise Traîneau impose sa silhouette : une structure en fil d’acier électrozingué formant deux patins continus, sur laquelle viennent se poser une galette et un dossier en cuir, qui rappelle la chaise en treillis de métal conçue par Harry Bertoia pour Knoll en 1950. Pensée pour les espaces publics du Centre, notamment la toute nouvelle Bibliothèque publique d’information (Bpi), elle répond à un usage intensif et collectif. Plus qu’une simple assise, elle devient l’un des rouages visibles de la machine Beaubourg — son autre nom est d'ailleurs la chaise « Beaubourg ».
Au Centre Pompidou, rien n’est accessoire. Les architectes Renzo Piano et Richard Rogers conçoivent le bâtiment comme un système total, depuis la grande charpente métallique jusqu’aux éléments les plus modestes — garde-corps, luminaires, signalétique, bouches, caméra de sécurité et buses incendie. La technique n’est pas dissimulée : elle est exposée, codée par la couleur — bleu pour l’air, vert pour l’eau, jaune pour l’électricité, rouge pour les circulations. Une grammaire industrielle, à la fois fonctionnelle et visuelle, visible ces jours-ci dans l’exposition « La Bataille des couleurs », à la Maison Pompidou — tout comme la chaise Traîneau.
Pour Boris Hamzeian, historien et commissaire de l'exposition, « cette chaise est un véritable concentré de l'utopie Beaubourg, un manifeste du total design, cette philosophie qui traverse toutes les échelles du projet des architectes Renzo Piano, Richard Rogers et de l'ingénieur Ove Arup. À elle seule, elle en réalise les conditions fondamentales : standardisation, flexibilité, structure métallique etc. ».
Cette chaise est un véritable concentré de l'utopie Beaubourg, un manifeste du total design.
Boris Hamzeian
Inscrite à l’inventaire du Musée national d’art moderne en 2002, la Traîneau accède au statut d’œuvre après avoir été un simple outil du quotidien. Ironie de l'histoire : la même chaise circule désormais sur les plateformes spécialisées, assortie d’étiquettes à quatre chiffres. D’objet public, elle est devenue objet rare — sans avoir changé d’un millimètre. ◼
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Dans l'agenda
Michel Cadestin, Chaise Traîneau, 1976
Treillis de fil d'acier électro-zingué.
Galette en cuir, 73 x 59 x 55 cm
© Design Michel Cadestin
© Centre Pompidou



