
Quand le Centre Pompidou inspire la pop culture
Avec sa structure de verre et de métal traversée de lumière, le Centre Pompidou rappelle un cœur irrigué de monumentales artères aux couleurs vives et primaires. Si ses concepteurs, les deux architectes Renzo Piano et Richard Rogers, ont pensé le bâtiment comme un véritable organisme vivant, il est par ailleurs construit dans l’un des quartiers les plus anciens de la capitale, le plateau Beaubourg, cœur battant de Paris depuis le Moyen Âge. De l’extérieur, sa signature visuelle est assurée par l’immense escalier mécanique, la Chenille, pensé comme une rue verticale extérieure. Artère majeure du Centre Pompidou, elle dessert tous les niveaux, et sa transparence permet d'admirer une des plus belles vues de Paris.
Depuis son ouverture, en 1977, ce bâtiment avant-gardiste, parfois décrié à ses débuts, n'a cessé d'inspirer les artistes.
Depuis son ouverture, en 1977, ce bâtiment avant-gardiste, parfois décrié à ses débuts, n'a cessé d'inspirer les artistes. Base spatiale pour les uns, décor de clip vidéo, de défilé de mode, ou même modèle pour le design d'une basket révolutionnaire, le Centre Pompidou possède une force qui fait de lui l'un des monuments les plus inspirants de Paris. Une vraie « popstar » architecturale ! Petit tour d'horizon avec neuf morceaux de bravoure pop.
1983 ►Bébel sur les toits de Paris
Avril 1983, Jean-Paul Belmondo tourne le polar Le Marginal devant la caméra de Jacques Deray. Pour une scène de ce film dialogué par Michel Audiard, la star joue, comme à son habitude, les funambules sur l’échafaudage d’un immeuble rue du Renard. Derrière lui, le Centre Pompidou qui émerge des toits de zinc parisiens. Une image iconique signée Bernard Charlon (de l’agence Gamma), largement reprise par la presse au moment de la disparition du « magnifique » en septembre 2021. L’acteur aura régulièrement crevé l’écran des salles de cinéma du Centre Pompidou.
1992 ► Daft Punk, la rave mythique sur la terrasse
10 novembre 1992. Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter ne s’appellent pas encore Daft Punk. Pour la première fois de leur vie, ils vont découvrir la déflagration de la house lors d’une soirée devenue légendaire sur les toits du Centre Pompidou. Dans la préface du roman graphique Le Chant de la machine, signé David Blot et Mathias Cousin (réédition de 2011), les robots se souviennent : « Nous n’avons pas dix-huit ans, nous pénétrons enfin dans une rave (…). La soirée s’appelle Armistice, l’emplacement, magique ; sur le toit de Beaubourg avec vue sur tout Paris (…). Nous découvrons enfin, sur un sound system qui s’y prête, cette musique du dancefloor, la house de Chicago et la techno de Detroit, qui allait changer le cours de notre existence. » Le virus de la musique électronique ne les quittera plus.
Les 24 et 25 octobre 2025, pour la fermeture du bâtiment Beaubourg avant travaux, une gigantesque fête était organisée avec le label Because Music. « Because Beaubourg », ce fut deux jours et deux nuits de folie, rassemblant près de 40 000 personnes. Le samedi 25, tard dans la nuit et à la surprise générale, Thomas Bangalter s'est emparé aux platines pour un set historique en forme de retour aux sources.
1979 ► James Bond dans la coursive du niveau 6
En 1979, deux ans après son ouverture au public, le Centre Pompidou se transforme en centre de recherches spatiales pour le film Moonraker, le onzième des James Bond. Son architecture audacieuse incarne l’esprit high-tech et futuriste d’une époque. Double zéro sept, le plus célèbre des agents secrets, ici incarné par Roger Moore, apparaît ainsi dans la galerie du niveau 6 aux côtés de la pilote Corinne Dufour (Corinne Cléry, la troisième James Bond girl française). Il se rend au laboratoire de la docteure Holly Goodhead (Lois Chiles), « première porte à droite », alors qu’il vient tout juste de quitter les salons du sinistre Sir Hugo Drax (Michael Lonsdale), situés pour l’occasion dans… le château de Vaux-le-Vicomte. Magie du cinéma de pouvoir ainsi condenser les distances ! Depuis, différents titres de la franchise ont été projetés dans les cinémas du Centre Pompidou.
2019 ► Défilé Vuitton, Beaubourg comme podium
5 mars 2019, pour sa collection automne-hiver 2019-2020, Nicolas Ghesquière, directeur artistique de la ligne femmes chez Louis Vuitton, a choisi d’entièrement reconstituer l’architecture spectaculaire du bâtiment. Ironie de l’histoire, c’est en pleine cour Carrée du Louvre, musée ami, que les tuyaux et les fameuses gerberettes du Centre Pompidou servent de décor à son défilé. Les mannequins arrivent sur le podium depuis un tunnel inspiré des tubes vitrés de la façade. Dans sa note d’intention autour de la collection, Ghesquière confiait : « Le Centre Pompidou, Beaubourg, les Halles, la place des Innocents… Un quartier comme un fascinant incubateur. Un incroyable mélange convergeait vers cet épicentre. Les bandes, le style, la vie… » En guise de clin d’œil aux critiques qui, à l’inauguration du Centre Pompidou en 1977, goûtaient peu l’architecture avant-gardiste du bâtiment, certaines des créations de Ghesquière portaient même les noms évocateurs de « Raffinerie » ou de « Carcasse ». Comme un pied de nez aux esprits chagrins.
1987 ► Nike s'inspire du génie des architectes
En 2006, dans le documentaire Respect the architects, signé Thibaut de Longeville, le designer de la marque américaine et architecte de formation Tinker Hatfield raconte son épiphanie personnelle lorsqu’il découvre dans les années 1980 le bâtiment conçu par Renzo Piano et Richard Rogers : « C’était pour moi une visite incontournable. En arrivant sur la Piazza, j’ai été frappé par le contraste entre l’architecture traditionnelle de Paris, les toits mansardés et les petites fenêtres, et ce bâtiment énorme, semblable à une machine dont les tripes seraient visibles (...). Je suis persuadé que si je n’avais pas vu le Centre Pompidou, je n’aurais jamais suggéré que l’on voie la bulle d’air dans la semelle de la basket. » Les couleurs primaires du Centre (tuyaux verts pour l’eau, bleus pour l’air, jaunes pour les câbles électriques et rouges pour la circulation du public comme des œuvres) inspire Hatfield, qui dessine en 1987 la Air Max 1, modèle culte de la marque qui reprend l'idée d'une structure en grande partie transparente — c'est ainsi la première semelle dans laquelle la bulle du coussin d'air est visible. Le 25 mars 2017, pour les trente ans de la Air Max 1, la marque au Swoosh s’offre la façade du Centre Pompidou pour la diffusion d’un film célébrant sa basket à la bulle d’air apparente. En 2018, la marque sortait même une paire d’Air Max 1 aux couleurs du Centre Pompidou et dont la semelle arborait un « P ».
2021 ► Le chanteur Ed Sheeran en apesanteur
Fin octobre 2021, la popstar britannique Ed Sheeran tourne une exceptionnelle « Deezer session » au Centre Pompidou. Filmée depuis la coursive transparente du niveau 6 grâce à une immense grue de sept mètres et cinq caméras, il interprète Shivers et Bad Habits, deux titres de son nouvel album =, comme suspendu dans le ciel. Derrière lui, la tour Eiffel émerge de l’horizon.
2007 ► Les Simpson brocardent la BD franco-belge
Dans Maris et larmes, le septième épisode de la saison 19 des Simpson, l’absurde le dispute aux références culturelles. Alors qu’un nouveau libraire de bandes dessinées vient d’ouvrir à Springfield, Lisa Simpson feuillette un album imaginaire, Tintin à Paris, où la fusée lunaire d’Objectif Lune décolle de l’Île noire pour finalement s’écraser sur… le Centre Pompidou, le tout sur l’air de La Vie en rose. Impossible de bien savoir ce qui a pu se passer dans le cerveau de Matt Selman, le scénariste de l’épisode. Une référence à Moonraker ? L’abus de drogues ? Une haine de l’art moderne et contemporain ? Plus probablement s’agit-il d’un hommage à Hergé, dont le Centre Pompidou possède quelques planches et qu’il a mis à l’honneur en 1987 puis en 2006 lors de deux expositions iconiques. Apparaissent également d’autres grands noms du roman graphique, comme Alan Moore, Daniel Clowes ou encore Art Spiegelman, l’auteur de Maus, auquel la Bibliothèque publique d’information (Bpi) consacrait une exposition en 2012. Enfin, dans le douzième épisode de la saison 29, Homer s’entiche de l’œuvre de Joan Miró, La Poétesse, conservée au Centre Pompidou, qu’il va jusqu’à dérober !
1987 ► Dans les Cités obscures, un Centre Pompidou onirique
L’Étrange Cas du docteur Abraham paraît initialement en 1987 dans le mensuel belge de bande dessinée (À suivre) à l’occasion des dix ans du Centre Pompidou. Publié ensuite chez Casterman en 2001, ce hors-série de seize pages sera offert pour l’achat de deux tomes des Cités obscures. Scénarisé par Benoît Peeters, ce court album laisse entrevoir la passion de son dessinateur, François Schuiten, pour l’architecture. Rien d’étonnant à ce que celui qui a conçu une station de métro (Arts et Métiers) place le Centre Pompidou au cœur de sa narration. Dans une manière de parabole, le docteur Abraham, en proie à de violents maux de crâne, fait surgir le Centre Pompidou au cœur de la cité imaginaire de Pahry.
1981 ► Dalida, le glam des eighties
Nous sommes le 14 février 1981. Pour une émission spéciale de TF1, « Escale au Centre Pompidou », la chanteuse Dalida interprète sa chanson À ma manière, notamment écrite par Pascal Sevran. Toute en veste à paillettes et brushing bouffant, l’inénarrable chanteuse de Paroles, paroles est filmée depuis la terrasse du niveau 6 jusqu’à la coursive de verre, dans laquelle elle finit par disparaître… Une performance ultrakitsch mais culte. En 2001, c’est la maison de la vedette qui avait été reconstituée au Centre Pompidou, par Alexandre Périgot, qui cherche ainsi à faire s’interroger le public sur son rapport fantasmé au monde des stars. ◼
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Jean-Paul Belmondo en 1983 sur le tournage du Marginal, réalisé par Jacques Deray
Photo © Bernard Charlon
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