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Le Centre Pompidou &... Thomas Ngijol

De Thomas Ngijol, on connaît les spectacles de stand-up et le succès de Case départ, comédie burlesque qui interrogeait l’héritage colonial français. Ces dernières années, l’acteur, scénariste et réalisateur s’est aussi affirmé dans un cinéma à la tonalité plus grave, notamment auprès d’Alain Gomis, avec lequel il a tourné Dao (2026). À l’occasion de la rétrospective consacrée au cinéaste franco-sénégalais, il revient sur cette rencontre de cinéma.

± 4 min

À47 ans, Thomas Ngijol a déjà traversé plusieurs vies d’artiste. Il y a d’abord eu la scène du Jamel Comedy Club, puis dans les années 2000 l'émission « Le Grand Journal », où il impose un humour direct, parfois absurde, traversé par les questions d’identité, de mémoire et de représentation. Au cinéma, Case départ, coréalisé avec Fabrice Éboué et Lionel Steketee, lui offre un grand succès populaire en 2011, avant les comédies Fastlife et Black Snake. Avec Indomptables, présenté à la Quinzaine des cinéastes en 2025 et tourné au Cameroun, où plongent ses racines familiales, il s’aventure vers un registre plus grave : celui du polar, de la famille, de l’autorité et de leurs contradictions. Chez Alain Gomis, qui le dirige dans Dao, cette gravité trouve un autre écho, plus intime : celui d’un cinéma où les rencontres comptent autant que les trajectoires. Rencontre.

Thomas Ngijol — J’ai été introduit à l’univers d’Alain Gomis grâce à mon ami acteur et réalisateur Samir Guesmi. C’est comme ça que j’ai découvert Félicité, un film puissant en forme de véritable immersion dans la société congolaise. C’était il y a six ou sept ans. Gomis est un cinéaste singulier, qui aborde des histoires universelles avec beaucoup d’honnêteté. Je crois même que cela a infusé dans mon travail, peut-être même m'a conforté dans ma recherche personnelle au cinéma. À l’origine, je suis plutôt dans le registre comique — mais je n’avais pas forcément envie d’être ce Noir super drôle toute ma carrière, la gravité et la tension sont des éléments que j’ai toujours assumés et encore plus avec le temps.

 

Alain Gomis est un cinéaste singulier, qui aborde des histoires universelles avec beaucoup d’honnêteté. Je crois même que cela a infusé dans mon travail, peut-être même m'a conforté dans ma recherche personnelle au cinéma.

Thomas Ngijol

 

La vie, ce sont des histoires de timing, et ma rencontre avec le cinéma de Gomis s’est faite comme ça, je n’avais pas lu le scénario de Dao, j’ai fait confiance. Et j’ai été plongé dans un truc tellement familier, tellement rassembleur… Je trouve ce film absolument magnifique. Travailler avec lui est d’une grande facilité, c’est quelqu’un de très généreux, une direction d’acteur assez libre, mais avec une ligne tenue. Ce n’est pas quelqu’un qui intellectualise à outrance, il préfère faire confiance au spectateur, et c’est quelque chose que j’apprécie.

Moi, je suis un banlieusard de Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne, alors le Centre Pompidou c’est direct en RER D, en quelques stations… Pour autant, j’ai pu me sentir assez éloigné de ce que Beaubourg représente. Enfant, je n’allais pas beaucoup à Paris, qui était plutôt le territoire de mes trois grands frères. Mais à l’adolescence, j’ai commencé à m’emparer de la ville, et je me souviens de ma première rencontre avec le Centre Pompidou. J’ai été très impressionné par le bâtiment, son architecture, ses couleurs, que j’associe bizarrement à la culture manga — peut-être parce que j’étais fan de Goldorak, enfant. Ce dont je me souviens bien, c’était ce très beau silence à l’intérieur, qui tranchait radicalement avec l’animation du quartier des Halles. Un silence qui n’avait pourtant rien d’intimidant.

 

Au Centre Pompidou, j’ai découvert des choses qui me dépassaient un peu, et pourtant tout était assez accessible, éclectique, foisonnant.

Thomas Ngijol

 

Au Centre Pompidou, j’ai découvert des choses qui me dépassaient un peu, et pourtant tout était assez accessible, éclectique, foisonnant. Je n’ai pas vraiment fréquenté les expositions d’art moderne et contemporain… Plus jeune, j’ai été marqué par la découverte du street art et du graff — des disciplines liées à l’émergence de la culture hip-hop à la fin des années 1980 et au début des années 1990. J’ai même été artiste abstrait le temps d’un après-midi, à 10 ans, je me suis lancé, je n’ai pas arrêté de dessiner et j’étais super inspiré ! Hélas trop introverti, je n’ai pas osé montrer à ma famille mes travaux, certainement catastrophiques avec du recul… Ça a été le début, et la fin, de ma carrière d’artiste plasticien ! ◼