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Summary

Comme, de toutes façons, il a à faire au récit – on fera volontiers une exception pour le cinéma expérimental – le cinéma se fonde sur une organisation de matériaux qui, même tirés du passé, sont vécus au présent par le spectateur. La connaissance qu'il en reçoit est toujours mêlée de savoir et de sensible, d'informations objectivables et de vécus subjectifs, entendus, vus et perçus à travers le montage du film, et les conditions de cette projection-là. En matière de mémoire, le cinéma met à disposition de l'historien ou simplement de qui se tourne vers le passé des outils qui lui sont propres. Convoquer l'évocation d'un acte par l'écrit est une chose, la représentation cinématographique, elle, provoque d'autres effets : ce qui est filmé fait différemment effraction dans notre mémoire et modifie, chimiquement, la nôtre. Shoah en a fait la preuve. Dans S21, Rithy Panh retourne cette méthode sur les bourreaux.

Sur un autre terrain, celui de l'histoire personnelle, c'est, par exemple, le geste enregistré qui, dans Petite conversation familiale nous conduit à comprendre le profond embarras d'un personnage devant une question de la réalisatrice, Hélène Lapiower.

Dans l'impossibilité de répondre à ce qui interroge une contradiction intime, Claude continue de passer de la mousse à raser sur son visage jusqu'à disparaître derrière un masque : la cinéaste n'a pas coupé le plan.

Filmé puis « monté », le corps dit autre chose. Il nourrit la construction de la mémoire de celui ou celle qui réalise et renvoie le spectateur vers son économie mémorielle propre. (Carole Desbarats)

Additional information

Conférence - Débat, Cinéma 2, Centre Pompidou, 11/10/2010

Speakers Carole Desbarats
As part of the serie Regards critiques, 01-01-2008
Prolongeant son activité de programmation de films documentaires, la Bpi propose des rendez-vous réguliers d'analyse de films à partir de janvier 2008. Regroupés en cycles, ces rendez-vous sont confiés à un critique, un enseignant ou un programmateur qui fait partager sa conception de la critique. A chaque séance, leur conférence suivra la projection d'un film choisi aussi bien parmi les oeuvres majeures du cinéma documentaire que parmi les oeuvres plus novatrices de la production contemporaine. Le premier volet, intitulé "Histoire du cinéma sous influence documentaire" a été confié au cinéaste Jean-Louis Comolli. Le deuxième volet, intitulé "Histoires d'archives : lire les images du passé" est confié à l'historienne Sylvie Lindeperg Le troisième volet, intitulé "La part sonore du cinéma" est confié à l'ingénieur du son Daniel Deshays. Le quatrième volet, intitulé "Ceci n'est pas... un documentaire" est confié à Bernard Eisenschitz. Le cinquième volet, intitulé "Autre chose ? Le cinéma dit-il « autre chose »?", est confié à Carole Desbarats.
01/01/2008