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Résumé

"Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar" (Shohei Imamura, 1970). Quelle vérité scandaleuse, quelle force subversive, quel trouble ne naissent-ils pas de la parole filmée à condition qu'elle soit, comme ici, écoutée avec patience et constance, qu'elle soit prise et reprise avec obstination. Mais aussi: comment l'histoire avec un grand H passe-t-elle par l'intime des corps ? Comment la violence politique, l'exhibition des amours et le trafic des familles peuvent-ils se montrer à ce point entrelacés ? L'Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar réussit cette performance rare dans l'histoire du cinéma de conjuguer la vie triomphante d'une femme dans tous ses états de corps et d'esprit, et l'histoire d'un pays vaincu, dépendant, soumis. Filmée, cette femme quelconque devient personnage extraordinaire; sa parole se déploie sans gêne sur une scène débarrassée de tout impératif moral ; ce qu'elle raconte, sans hors champ et sans hypocrisie, prend le ton d'un cynisme tranquille et souriant ; les intérêts égoïstes du sujet ne sont plus masqués, on ne triche plus, et le cinéma, bon gré mal gré, enregistre cet affaiblissement de tout surmoi comme la chose la plus naturelle du monde. Nous sommes aux antipodes des programmes de télévision actuels qui étalent comme un sale secret le détail d'une « vie privée », avec le projet de nous faire jouir du dépeçage spectaculaire des vices cachés. Rien de tel ici. Le cinéma d'Imamura ne nous laisse aucune chance de voyeurisme; le corps et la parole de l'hôtesse de bar transpercent les plus improbables turpitudes; tout se tient et se

déroule dans le monde de l'élémentaire, la pulsion, la répétition, la structure. La dimension documentaire est ici la garantie que le corps filmé n'est en effet pas celui d'une autre.

Information complémentaire

Projection - Conférence, Cinéma 2, Centre Pompidou, 26/05/2008

Intervenants Jean-Louis Comolli
Dans le cadre de la série Regards critiques, 01-01-2008
Prolongeant son activité de programmation de films documentaires, la Bpi propose des rendez-vous réguliers d'analyse de films à partir de janvier 2008. Regroupés en cycles, ces rendez-vous sont confiés à un critique, un enseignant ou un programmateur qui fait partager sa conception de la critique. A chaque séance, leur conférence suivra la projection d'un film choisi aussi bien parmi les oeuvres majeures du cinéma documentaire que parmi les oeuvres plus novatrices de la production contemporaine. Le premier volet, intitulé "Histoire du cinéma sous influence documentaire" a été confié au cinéaste Jean-Louis Comolli. Le deuxième volet, intitulé "Histoires d'archives : lire les images du passé" est confié à l'historienne Sylvie Lindeperg Le troisième volet, intitulé "La part sonore du cinéma" est confié à l'ingénieur du son Daniel Deshays. Le quatrième volet, intitulé "Ceci n'est pas... un documentaire" est confié à Bernard Eisenschitz. Le cinquième volet, intitulé "Autre chose ? Le cinéma dit-il « autre chose »?", est confié à Carole Desbarats.
01/01/2008