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Résumé

"Classe de lutte" (réal. Groupe Medvedkine de Besançon, 1969) ; "A pas lentes" (réal. Groupe collectif Cinélutte, 1979). À dix ans d'intervalle, ces deux films dits « militants » posent la question cruciale de l'émergence du sujet dans la lutte sociale. Tel serait aussi l'héritage de 68 : qu'il ne s'agit plus de lutter au nom des autres, classe, groupe, syndicat, mais de reprendre le fil de la lutte sociale en son nom propre, depuis sa position subjective, en sachant ce qu'il en coûte et ce que l'on y gagne. Quoi? Une parole vraie, hors de tous les langages convenus. Un courage qui n'est plus breveté. Une sortie des routines qui est une autre manière de leur redonner la vie qui s'était retirée d'elles à force d'obéissance. Suzanne n'obéit plus qu'à ses convictions, plus puissantes que les ordres qui l'encadrent. Renée, Christine sont aussi en rupture de règles. L'amour, la vie amoureuse, la vie familiale sont des lieux de la mobilisation sociale. Comment le cinéma dit « documentaire » s'y prend-il pour déjouer les cadres? Pour faire émerger la parole vivante d'un sujet (trois femmes, en l'occurrence, et ce n'est pas pour rien)? Pour entraîner les militantes vers une affirmation d'elles-mêmes qui apparaît aujourd'hui comme le geste révolutionnaire majeur? Eh bien, il fait en sorte que les personnes filmées agissent vraiment dans les films, sans réciter aucune leçon, sans répéter aucun geste de ceux qui sont admis, sans se référer à une autorité qui les contraindrait, et pas non plus celle du cinéma qui cadre et qui attend. Un jour, peut-être, il sera devenu évident que le surgissement d'une parole libre est un événement politique majeur. Que la forme de la parole est facteur de sens. Qu'il y a des paroles toujours-déjà calibrées et d'autres qui le seront jamais.

Information complémentaire

Projection - Conférence, Cinéma 2, Centre Pompidou, 12/05/2008

Intervenants Jean-Louis Comolli
Dans le cadre de la série Regards critiques, 01-01-2008
Prolongeant son activité de programmation de films documentaires, la Bpi propose des rendez-vous réguliers d'analyse de films à partir de janvier 2008. Regroupés en cycles, ces rendez-vous sont confiés à un critique, un enseignant ou un programmateur qui fait partager sa conception de la critique. A chaque séance, leur conférence suivra la projection d'un film choisi aussi bien parmi les oeuvres majeures du cinéma documentaire que parmi les oeuvres plus novatrices de la production contemporaine. Le premier volet, intitulé "Histoire du cinéma sous influence documentaire" a été confié au cinéaste Jean-Louis Comolli. Le deuxième volet, intitulé "Histoires d'archives : lire les images du passé" est confié à l'historienne Sylvie Lindeperg Le troisième volet, intitulé "La part sonore du cinéma" est confié à l'ingénieur du son Daniel Deshays. Le quatrième volet, intitulé "Ceci n'est pas... un documentaire" est confié à Bernard Eisenschitz. Le cinquième volet, intitulé "Autre chose ? Le cinéma dit-il « autre chose »?", est confié à Carole Desbarats.
01/01/2008